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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

Sang contaminé, Mediator, Fukushima.

 

         Élites dirigeantes et experts ne sont plus crédibles. II

 

 

L’exemple d’EDF est particulièrement intéressant pour concrétiser les affirmations de l’article précédent.

 Pendant les années 50 / 60 du XX° siècle, EDF était une entreprise de service public. Puissante et riche puisqu’elle avait en France le monopole de distribution d’électricité. Ses personnels jouissaient d’une situation sociale avantageuse par rapport à d’autres sociétés publiques, mais EDF avait réussi à équiper le pays des centrales et des réseaux de distribution remarquables et rarement en panne. Les ingénieurs d’EDF, souvent des polytechniciens ou des anciens élèves de l’École Centrale de Paris ou de l’école supérieure d’électricité,  en haut de la hiérarchie, issus de bien d’autres écoles d’ingénieurs pour les autres, étaient des gens fiers de leurs réalisations techniques et de l’efficience de leur entreprise. Bien payés, assurés de la sécurité de leur emploi, bénéficiaires d’avantages sociaux intéressants, ces gens-là, vivaient une vie professionnelle marquée au sceau du sérieux, de la compétence technique. Leur point d’honneur était la qualité de leur travail et la fiabilité de leur réseau de production et distribution d’énergie. L’esprit de l’entreprise EDF, s’imposait à chacune et chacun même si, certainement, elle devait abriter quelques « moutons noirs » !

Qu’en est-il aujourd’hui ? Les changements sont venus peu à peu, presque sournoisement. EDF est aujourd’hui une société anonyme. Cotée en bourse, EDF est encore contrôlée à 80% par l’État et reste soumise à des règles imposées par son propriétaire. 13% des actions sont dans le public.  EDF a mené une politique d’expansion dans le monde entier. EDF a des participations dans de très nombreuses filiales qu’elle contrôle totalement ou partiellement en Asie, Afrique, Europe et Amérique du sud et du nord. EDF, autrefois Établissement public à caractère industriel et commercial, est maintenant une société multinationale, soumise à la concurrence et engagée dans une politique de croissance mondiale. Son PDG monsieur Proglio veut en faire le premier électricien mondial. Il n’a eu de cesse de chercher à obtenir de l’Élysée, que son entreprise soit le leader incontesté de la filière nucléaire française et de placer sous la tutelle stratégique d’EDF, Areva et le CEA. EDF souhaite donc que continue la « nucléarisation » de la production d’électricité, en France et dans lemonde, dont elle est un des maîtres d’œuvre les plus puissants. Son PDG a défrayé récemment la chronique parce que, en sus de ses émoluments très confortables de PDG d’EDF, il voulait conserver la rémunération que lui versait Veolia. Il a fallu la pression de l’opinion publique et l’intervention du chef de l’État pour que ce monsieur finisse par renoncer à cette double rémunération. Comme si monsieur Proglio[1] était évidemment d’une race supérieure qui l’autoriserait à recevoir des sommes de non pas 10 fois, 50 fois le Smic, mais 130 fois ! Des sommes annuelles telles qu’en une vie entière, un ouvrier ou un professeur ne saurait recevoir ! Un surhomme quoi ! Insuffisant pour le « surhomme » il lui fallait aussi les 450 000 € de Veolia, en plus. Pourquoi se gêner ?

EDF n’est donc plus qu’une multinationale dont le dirigeant cherche avant tout la puissance pour la puissance, l’expansion pour l’expansion. Et il est évident que dans ces conditions, tout est soumis à ça. On ne saurait accepter le moindre doute sur la sécurité des centrales nucléaires, puisque le premier électricien mondial a à son service une cohorte d’ingénieurs sortis des meilleures écoles, qui sont donc les meilleurs experts. Et les ingénieurs et techniciens ne doivent pas laisser sortir des informations qui pourraient amener à douter de cette sécurité sinon ils mettraient en péril le prestige de leur entreprise et son expansion commerciale. Secret stratégique. Pas de défaillance. Pas d’interrogation sérieuse sur le coût de l’élimination des déchets nucléaires. Pas de publicité sur les incidents dans les centrales. Et les travailleurs de ces centrales qui sont employés aux tâches à risque de contamination, ne sont pas des salariés d’EDF, mais des salariés souvent d’origine immigrée, de sous-traitant chargés de ces basses besognes ! Ainsi, in n’y a pas de salariés « irradiés » par inadvertance dans le personnel d’EDF ! Qui connaît les intérimaires des sous-traitants ? Qui va parler en leur nom ?

Et si les installations d’EDF sont contrôlées par une autorité extérieure, l’entreprise n’a pas à s’inquiéter : les experts qui contrôlent ne peuvent pas trop la contredire. D’une part ils n’ont pas à leur disposition autant de moyens que les gens qu’ils doivent contrôler. D’autre part, ils appartiennent à la même famille d’ingénieurs, ils sortent des mêmes écoles, ils sont du même monde et ils ont une longue complicité mutuelle. Comment mettre en doute les données fournies par une entreprise qui a un tel prestige dans notre pays ?

Et c’est ainsi que s’est mis en place un système tel que la volonté de puissance de l’institution peut avoir pris le pas sur l’impératif de sécurité et fiabilité qui faisait partie de la culture EDF.

Et cela ne veut pas dire que les ingénieurs et techniciens d’EDF ne sont pas des gens sérieux et consciencieux dans leur grande majorité. La logique du système institutionnel mis en place s’accompagne hélas fort bien de l’honnêteté et de la compétence des individus. 

EDF nous a servi ici d’exemple symbolique. Mais cela est vrai d’AREVA, de Dassault, de EADS, de France-Télécom, de la Société Générale, BNP Paribas, Total, Carrefour et de très nombreuses grandes entreprises parties à la conquête du…monde ! Et même la Poste, nos bonnes vieilles PTT, est en marche vers ce destin !

Prenez nos banques. Depuis 2008, le discours est le suivant. « Nos » banques, elles, ont mieux résisté que les autres à la crise, elles ont remboursé les prêts consentis par l’État avec intérêt. Elles sont des banques bien gérées et fiables. Les « méchantes » sont les autres, américaines, suisses ou britanniques ! Et le discours du Président et des hautes autorités bancaires a été : haro sur les paradis fiscaux !

Bien monsieur le président, comment se fait-il que l’honorable BNP Paribas ait des dizaines de filiales installées dans les plus paradisiaques des paradis fiscaux ? Et les autres sans doute elles aussi ?

Quel crédit peut-on accorder à vos paroles et celles de votre ministre des finances et à celles des hautes autorités bancaires si la plus grande banque française peut impunément continuer à profiter de « paradis » que vous prétendez avoir  « supprimés » ?

Et enfin je terminerai ce petit article en citant de larges extraits d’un Universitaire qui nous parle de la santé publique et des organismes chargés de notre sécurité. Il a piloté le rapport de l’Inspection des affaires sociales dont il est membre, sur la triste affaire du Mediator ; le médicament qui tue !

« Les Français ont pris soudainement conscience qu’un médicament pouvait tuer. A cela s’ajoute l’accumulation d’anomalies et de fautes elles aussi très graves… »

« La contestation de son manque d’indépendance (il s’agit de l’expertise) apparaissait déjà dans l’affaire du sang contaminé, notamment avec l’existence de conflits d’intérêts. L’expert…s’arroge le pouvoir au lieu d’être au service de la société…L’expert finit pas s’identifier à son objet d’étude, perd ainsi sa  lucidité et oublie le sens de sa mission ».

Plus terrible encore, le professeur Aquilino Morelle dit ceci à propos des autorités sanitaires et médicales de notre pays : Le système s’est révélé incapable de donner l’alerte, alors même que c’est la vocation de l’Afssaps. (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé). Dans les deux cas, les grandes figures de la médecine n’ont rien vu venir ou n’ont rien dit »

Et le professeur ne nous rassure pas sur les autorités européennes chargées de notre sécurité sanitaire : « le fonctionnement de l’agence européenne du médicament soulève un grand nombre de questions…conflits d’intérêts, méthode d’évaluation utilisées, longévité des responsables, désignation des experts…il est temps que les gouvernements européens à l’image de la France, s’investissent dans ce secteur crucial pour la santé et la vie de 500 millions de citoyens européens » Le Monde du 8 juin 2011.

Dites-moi, amis lecteurs, imaginez que le nucléaire, le chimique, les armements biologiques et chimiques, les manipulations microbiologiques, les centrales électriques et le reste, soient soumis à de telles autorités et experts qui en assurent la sécurité !

 

Henricles 12 juin 2011

 

 

 

 

 

 

 



[1] Henricles doit préciser qu’il n’a rien contre ce monsieur qu’il ne connaît évidemment pas. Ici, ce monsieur est seulement pour Henricles le symbole de ces dirigeants, hélas nombreux , tellement persuadés de leur supériorité et de leurs mérites, tellement convaincus de la nécessité de développer la puissance de leur entreprise qu’ils sont prêts, consciemment ou pas, à tout sacrifier à cette ambition dominatrice, y compris la sécurité et l’intérêt général de leurs concitoyens, aveuglés qu’ils sont par leur toute puissance ! Cela dit Henricles ne saurait porter un jugement sur ce monsieur Proglio pas  plus que sur d’autres : ils sont le produit d’un système. Leur conscience est la leur et on ne saurait y pénétrer !

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Noëlle Planchais 19/06/2011 04:51


Héricles Bonsoir, Vous devriez vous inscrire sur Twitter, vous pouriez ainsi en cliquant sur Twitter à la fin de vos articles les faire connaître, j'ai sur mon compte cliquer pour vous vos
articles, c'est la meilleure façon de vous faire lire, j'ai aussi cliqué sur "J'aime" Bon courage à bientôt !


henricles 19/06/2011 08:16



Merci Noëlle ! Oui, je clique presque chaque fois sur Twitter où je suis inscrit et sur facebook !


Amicalement