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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

Brésil 2008 - 2009

Extraits du journal tenu par Henricles au cours de son séjour au Brésil chez sa fille Florence qui y vit depuis 1989 !
Elle vit à Brasilia et c'est dans cette capitale qu'Henricles vient passer quelques semaines.

 

 

Aguas Claras. Brasília. I

 

 

Combien de tours, de gratte-ciels ? Du côté de la terrasse du séjour j’en ai compté plus de 50 ! De 10 à 25 étages, les unes terminées, habitées, les autres à divers stades de construction ! Quelques grues, quelques bulldozers, de nombreuses bétonnières qui tournent sans arrêt, mais surtout des dizaines d’ouvriers, qui dès 7 h du matin s’affairent, s’activent malgré la chaleur et  n’ont souvent que la force de leur bras, de leurs muscles, pour bâtir ! Impressionnant : pour éviter les ravages de l’humidité, importante en saison des pluies, les façades sont recouvertes de carrelages en céramique : souvent les ouvriers, perchés sur des échafaudages mobiles, posent les carreaux un à un, soit des milliers de petites pièces sur des façades de 25 étages quelquefois et chaque immeuble en a plus de 4 parce que ces tours sont massives et compliquées!


 

Vue sur une petite partie du quartier d’Aguas Claras,

de la terrasse de Florence au 10° étage.

 

Le travail commence à 7 h le matin, annoncé par une sirène et termine à 17 h, avec interruption entre 12 h ou 13 h et 14 h. Ensuite les ouvriers vont prendre le métro, à 5 ou 10 minutes d’ici et rejoindre leur « chez eux », leur petite maison de briques ou de torchis à Ceilandia ou Samambaia, ces villes-satellites qui n’en finissent plus de s’étendre, conglomérats informes de baraques et cahutes misérables où les familles s’entassent à 6, 8, ou 10 dans un espace réduit au minimum. N’exagérons pas, il arrive qu’ils habitent de vraies maisons avec un minimum de confort dit moderne, salle d’eau, toilettes, cuisine, sol carrelé ou bien revêtu, mais le plus souvent il n’y a  aucun confort, un sol de terre battue ou de ciment brut, des pièces obscures, toute petites, pas toujours d’évacuation des eaux usées, pas d’aération, une douche précaire et des toilettes sommaires s’il y en a. L’espace est de 25 ou 40 m² pour 5 ou 8 ou 10 personnes. « Ces villes » avons-nous écrit ! Méritent-elles le nom de villes ces étendues d’habitations posées sur la terre rouge du plateau dont elles gardent la couleur poussiéreuse ou boueuse ? 

Pour rejoindre leurs logements, il leur faut encore 20 ou 30 minutes de métro, la station est proche, puis la marche à pied dans la poussière et les ornières lorsque ce n’est pas sous la pluie battante et dans la boue : Le « planalto », plateau central où a été construite la nouvelle capitale du pays est le château d’eau du Brésil et en saison d’été, les pluies tropicales deviennent torrentielles. Vers le nord s’en vont de nombreux affluents de l’Amazone et vers le sud, coule le Paraná, un des fleuves les plus puissants de la terre, qui va se jeter en Argentine, dans le rio de la Plata

 Hier, dans le métro qui nous ramenait du « Plano Piloto »[1] vers Aguas Claras nous remarquions de nombreux travailleurs affalés sur leur siège, endormis ou abrutis de fatigue ainsi que ces dizaines de domestiques, ces femmes, qui avaient  fini leur journée de ménage et rentraient dans leur banlieue lointaine. Presque personne ne parlait, la fatigue dominait sinon l’épuisement. Faut-il  préciser que ces travailleurs, hommes ou femmes sont plutôt bronzés, je veux dire que ce sont les descendants métissés des esclaves ou des Indiens plus que d’Européens ? Qui ne le sait, dans ce pays, plus on est blanc plus on s’élève dans la hiérarchie sociale et au contraire, les plus foncés sont dans les emplois les plus durs et les plus mal payés. Un Lula, aux origines partiellement noires, devenu président au Brésil, pas plus qu’un Obama aux Etats-Unis, ne font  le printemps de l’égalité raciale.

Disons aussi que tous ces ouvriers du bâtiment et ces domestiques sont probablement payés au salaire légal minimum soit, après les diverses augmentations décidées par le Président Lula, une somme mensuelle de 415 reais par mois, environ 166 € et un peu plus en pouvoir d’achat, peut-être 250 € !  Une telle paye interdit et un logement correct et une nourriture variée et abondante, et à plus forte raison un moyen de transport motorisé. Un ménage condamné à vivre d’un ou même deux  salaires minimum est condamné à la misère, non pas à la pauvreté, à la misère, la vraie misère,  éradiquée massivement de nos sociétés européennes même si elle en  accable encore quelques-uns, trop nombreux !

Au Brésil, c’est le sort de 40 ou 50 % d’une  population qui atteint aujourd’hui plus de 196 millions d’habitants.

Dans chacun de ces « condominios » (résidences) habités par les classes moyennes aisées, le système de sécurité sophistiqué ferait rêver bien des électeurs de notre président sécuritaire ! Puissions-nous en France, demeurer préservés de ces installations nées de la peur et du règne de l’injustice sociale même si je sais qu’elles existent chez nous dans certains quartiers de privilégiés. Cette injustice qui assure le confort, le luxe, les loisirs, la domination pleine de morgue et d’indifférence, de centaines de milliers de Brésiliens qui savent ou sentent confusément que d’une telle iniquité naissent  les menaces dont ils se préservent en transformant leurs immeubles en forteresses de luxe.

A l’entrée, des portails-grilles fermés, du « condomínio », c'est-à-dire de la résidence, une loge de gardiens pleine d’écrans de télé où apparaissent toutes les entrées intérieures et extérieures et les ascenseurs. D’un coup d’œil, le portier voit tout. Le portail s’ouvre et vous pénétrez dans un très vaste espace, au pied des deux tours, où il y a place pour un parc extérieur de stationnement, une aire aménagée de jeu et de détente, le tout entouré de murs surmontés d’une grille. Et votre voiture peut s’avancer jusqu’au garage couvert au sous-sol. Ensuite, pour entrer dans l’immeuble, fermé et dont, tout habitant que vous soyez,  vous n’avez pas la clef, vous devez parfois, si vous n’entrez pas par le garage couvert, sonner le portier pour qu’il vous ouvre à moins que l’un de vos serviteurs soit encore chez vous et vous ouvre si vous l’avez sonné.

Dans ce quartier, on ne rencontre que des ouvriers ou domestiques ; seuls eux marchent, tous les autres roulent et derrière les vitres fumées de leur carrosse rutilant, demeurent cachés et anonymes.

Florence a deux places de stationnements attribuées avec son appartement, au sous-sol de l’immeuble. Pas de pluie, pas de boue puisque c’est abrité. Eh bien ! Un des résidents recouvre son coupé Mercédès noir luxueux, d’une bâche grise pour le préserver…le préserver de quoi ?

Ne croyez pas qu’on se sente écrasé ou étouffé par cette forêt de gratte-ciels : l’espace ne manque pas, entre les tours. Larges et longs terre-pleins, ce que le jargon des promoteurs appelle « espace paysagé »  assurent l’indispensable respiration bien que beaucoup d’entre ceux-là attendent arbres, plantations et gazons et  ne soient encore que grandes surfaces de terre rouge défoncées par les bulldozers qui les aménagent.

Pour le moment, en attendant que tout soit terminé, pas une boutique ni un commerce, rien, sauf les constructions provisoires où vous attendent les vendeurs de ces milliers d’appartements actuels et futurs. La concurrence est vive et hier un homme sorti de son bureau, nous a couru après. Il avait repéré nos faces de « Gringos » et croyait que nous cherchions l’entrée de son immeuble pour visiter.

Pas de petits commerces, sauf un magasin de dépannage. Tous vont au supermarché en voiture et à pied on n’accède à quasi rien sinon au métro ! Ce matin j’ai marché plus d’une demi-heure pour trouver quelques légumes et une salade pour le déjeuner de midi et une demi-heure au retour également dans une rue-route sans piéton et où défilaient voitures et voitures !

Il y a de l’espace et aussi moins d’uniformité qu’on pourrait le croire : chaque architecte a eu à cœur de varier la forme et les couleurs de son œuvre et il y a de nombreuses nuances de verts, bleus, blanc cassé, brun et autres tons de la palette.

Cela dit, ce paysage urbain est unique. J’ai parcouru São Paulo en long et en large, j’ai séjourné à Rio, j’ai visité Recife de nombreuses fois, j’ai séjourné au centre de Brasília, je suis allé de nombreuses fois à la Défense à Paris, j’ai vu maintes et maintes villes, c’est bien la première fois que je me trouve dans une telle ville-champignon qui ne semble pas vouloir s’arrêter de grandir en hauteur comme en largeur. Ainsi  doivent pousser des dizaines de villes en Chine actuellement.

Il faudra que je m’arme de patience, me rende aux services administratifs du District Fédéral et tente de savoir s’il y a un quelconque plan d’urbanisme ou si les pouvoirs publics se contentent de faire installer les réseaux d’électricité,  d’eau et d’égouts à mesure que les promoteurs font construire.

Je vais sans doute aller de bureau en bureau, recevoir moult sourires et paroles aimables, sortir avec documents et bulletins de statistiques mais il n’est pas sûr que je finisse par étancher ma soif d’informations.

Vamos Ver ! Nous verrons !

 

Henri Dravet . Aguas Claras. Le 12 décembre 2008.

 

 





















[1] La Brasilia capitale inaugurée en 1960, est appelée aujourd’hui « Plano Piloto », c’est à dire la zone résidentielle conçue et bâtie par l’architecte urbaniste Lucio Costa et Oscar Niemeyer (101 ans lundi 15 décembre !). Mais Brasilia aujourd’hui, ce sont aussi toutes ces villes-satellites qui forment une couronne autour et où vit la plus grande partie de la population. Seuls vivent au Plano Piloto les couches les plus aisées de la population

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