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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

Sang contaminé, Mediator, Fukushima


         Élites dirigeantes et experts ne sont plus crédibles I

 

         Il y a les catastrophes ci-dessus, terribles, inacceptables. Et il y a toutes les autres, déjà arrivées, telles que le raz de marée destructeur sur les côtes vendéennes ou les différentes marées noires ! Vous et moi sommes dans l’incertitude sur la nature, l’ampleur, le lieu de la prochaine et des futures catastrophes, prétendument naturelles ou non ! Parce que c’est certain, il y aura d’autres catastrophes. Nous ne savons ni où ni quand.

          Henricles se propose ici de tenter d’expliquer pourquoi dans cette société du début du XXI° siècle, nous ne pouvons plus accorder confiance aux paroles des dirigeants et de leurs experts. Et devons nous méfier de certaines installations techniques présentées comme merveilleuses, renoncer à d’autres, notamment au nucléaire, civil comme militaire et exiger le plus possible, clarté, contre-expertises et transparence. Le « secret » industriel, ou le « secret Défense » sont trop souvent invoqués pour éviter que nous sachions ce qui ne va pas ou  qui est dangereux.

En effet, depuis une quarantaine d’années, il y a eu une dégradation progressive mais hélas importante, de la confiance que nous, simples citoyens, pouvons accorder aux élites dirigeantes et aux experts qu’elles invoquent ou prennent à témoin. Cette évolution dommageable est le résultat de trois types de causes.

D’une part les années 80 / 90 ont vu se généraliser, sous l’influence des idées néolibérales venues des États-Unis et adoptées, de fait au niveau mondial, déréglementation financière, libre circulation des capitaux, mouvements spéculatifs et placements financiers à l’échelle mondiale. Tout cela a entraîné  la recherche effrénée du « fric », du profit, la course au « toujours plus » : toujours plus de rendements de mes capitaux, toujours plus de puissance pour moi et l’entreprise que je dirige, toujours plus d’argent pour moi et les miens, puisque le système le permet et que  je le mérite, moi, au moins autant que mon collègue de l’entreprise voisine. Et du côté des politiques, élus, ministres, députés, sénateurs et autres peuvent, grâce à leur influence, aux avantages de la fonction, et sous le prétexte de la nécessaire dignité de la représentation de leur pays, peuvent chercher, eux aussi le maximum de revenus et d’avantages en nature, d’autant plus que par rapport aux gens du privé les sommes en jeu leur paraissent modestes. Les 4500 € mensuels de monsieur Ferry ne sont-ils pas une broutille (4500 * 12 = 54000 !) par rapport aux…450 000 € annuels que monsieur Proglio, PDG d’EDF,  voulait conserver comme…seconde rémunération en sus des 1, 6 millions de sa rémunération principale !

Rappelez-vous ces personnages politiques, amis lecteurs : lorsqu’il se déplaçait, en train, en voyage officiel, le Président Poincaré payait la place de sa femme si elle venait avec lui. Robert Schumann refusait les voitures de fonction et voyageait en chemin de fer. De Gaulle payait de sa poche les « goûters » de Noël qu’il offrait aux enfants à  l’Élysée.

Quand je vous dis que les temps ont bien changé !

Ce goût du lucre qui, d’ailleurs, de proche en proche, a gagné à partir du « haut », de larges couches de la société, explique que par conflit d’intérêts ou tout simplement par aveuglement sur les conséquences de choix stratégiques ou tactiques, beaucoup de décisions soient prises et ensuite défendues, au mépris conscient ou non des catastrophes graves qu’elles peuvent entraîner. Tout, en effet est soumis à cette recherche de la puissance. Et on fera taire, on traitera de timides et craintifs ceux qui oseront mettre en doute le discours officiel. Et on n’hésitera pas à cacher, modifier sciemment des informations contraires à la doctrine officielle. Les experts de l’entreprise, de l’institution, sont là pour assurer qu’il n’y a pas de danger. Et qui osera mettre en doute l’expertise de ces ingénieurs ou autres scientifiques qui ont tant de succès à leur actif et sont le meilleurs spécialistes de ces questions ? En tous cas, à l’intérieur de l’institution personne n’aura l’audace de mettre en doute leurs affirmations !

Ce goût du lucre quasi généralisé conduit à chercher le petit ou gros avantage personnel que peut accorder la hiérarchie ou le patron de qui on veut se faire « bien voir » plutôt que de prendre le risque de déplaire si on insiste sur les défauts ou imperfections des systèmes qu’on peut observer. On se dira que les autres les signaleront et que finalement, la hiérarchie sait ce qu’elle décide et qu’on ne va pas prendre des responsabilités qui ne sont pas directement les nôtres !

2) La complexité croissante de nos systèmes techno-industriels :

C’est la deuxième cause, la plus facile à comprendre. Est-il besoin de développer longuement ? Songeons seulement à la complexité de la filière nucléaire. A celle de la navigation aérienne d’aujourd’hui, dans des avions de plus en plus sophistiqués et de plus en plus lourds et rapides, de plus en plus  nombreux dans le ciel sur des routes aériennes encombrées. L’accident du vol Rio / Paris n’est pas le résultat du destin mais d’erreurs humaines qu’il est difficile d’imputer à un ou deux individus responsables mais conséquences d’une ensemble de petites négligences dans la chaîne compliquées de décisions ! Songeons également à tous ces systèmes informatiques qui commandent automatiquement beaucoup de trafics ou engins divers, comme le trafic des chemins de fer ou la surveillance des installations chimiques de certaines usines. Songeons, enfin, au nombre, en principe inadmissible, mais pourtant bien toléré de fait, des maladies dites « nosocomiales » qui conduit hélas de nombreux malades à contracter à l’hôpital où ils sont entrés pour être soignés des maladies parfois plus graves que l’accident de santé qui expliquait leur entrée dans l’établissement de soins !

Et dans une telle société, il peut arriver demain une catastrophe majeure, là où on l’attend le moins. Qui, en dehors des militants antinucléaires, qui aurait cru que les Japonais, ses champions toutes catégories de la haute technologie, ces surdoués qui ont inventé tant et tant d’objets techniques étonnants d’ingéniosité, avaient construit une centrale nucléaire en un endroit aussi dangereux où il y a le double risque de raz de marée et de séisme ? Et qui aurait cru qu’ils seraient incapables, de trouver les solutions techniques pour arrêter la catastrophe. Or, à l’heure qu’il est, ils ne savent toujours pas comment faire ! Ce qui était arrivé  à Tchernobyl s’expliquait par l’état lamentable du système soviétique, lequel n’a pas tardé à s’effondrer. Mais au Japon, au pays de Toshiba, Toyota, Sony et Mitsubishi !

3) L’affaiblissement des hiérarchies et le manque de courage.

Vous rappelez-vous cette réplique de Claudel : « la tolérance, il y a des maisons pour ça » !

Depuis les années d’après Mai 68, les hiérarchies diverses, à tous les niveaux, n’ont plus osé s’affirmer, contrôler et sanctionner comme avant. Il est vrai que ce déclin des hiérarchies formelles crispées, sur une autorité venue de leur statut quelle qu’ait été la valeur des personnes, a été une véritable libération et a donné des espaces de liberté nécessaires. Et depuis cette même époque, les libertés dans l’espace public ont permis des comportements autrefois interdits ou tout simplement réprouvés par consensus civique. Là encore, l’élargissement des libertés fut une excellente chose mais il s’est accompagné de dérives dommageables.

Un exemple. A Marseille, l’O.M. le club, a toujours enthousiasmé les foules. Dans les années 50 du XX° siècle, les « supporters » marseillais rentraient chez eux, après le match du dimanche, en foules compactes, à pied, sur l’avenue du Prado ou en tram, accrochés aux voitures bondées. Si l’O.M avait gagné, la foule était joyeuse. Si l’O.M. avait perdu, elle était moins animée. Ni camions de CRS, ni débordements sauvages, ni canettes de bière vidées et jetées n’importe où, ni hurlements et encore moins de bagarre, sauf exception.

L’autre jour, Henricles passait près du Stade Vélodrome, un jour de victoire nationale d’une équipe de rugby. Hurlements, vociférations, chaussée jonchée de feuilles de journaux jetées par centaines sinon par milliers, attroupements de « supporters », qui gueulaient, faisaient hurler de la musique-bruit et vidaient des canettes de bière jetées ensuite  sur la voie publique, tandis que leurs voitures diverses « klaxonnaient » à qui mieux mieux et encombraient volontairement tout l’espace.

« Que voulez-vous, ils sont tellement heureux ! Ils ont bien le droit de fêter ça ! »

Ont-ils bien le droit ? Dans les années cinquante, n’était-on pas aussi heureux de la victoire de notre club ?

Aux hiérarchies tatillonnes et bornées s’est souvent substituée une tolérance généralisée, un relativisme, une peur de sanctionner et de s’affirmer de la part des « chefs », des « responsables » par crainte de se heurter aux protestations de la base, aux accusations « d’autoritarisme ». La tolérance est partout et rares sont ceux qui osent rappeler les indispensables disciplines collectives, la nécessaire conscience professionnelle pointilleuse, l’exigence absolue de qualité du travail dans les institutions en charge des systèmes complexes qui nous font vivre. Et la discipline civique qui devrait empêcher une petite minorité, même heureuse, de polluer l’espace et le cadre quotidien de la majorité des citoyens n’existe plus aujourd’hui.

On l’a vu dans l’enseignement. Henricles peut-il se permettre de rapporter un souvenir personnel. Un temps conseiller pédagogique, j’avais osé écrire que la première des choses pour un professeur était d’être le maître dans sa classe, je voulais dire d’y faire régner un ordre et une discipline nécessaires pour tout simplement « travailler sérieusement ». Que n’avais-je point écrit ? Ce fut sans doute lu comme l’opinion d’une sorte de diplodocus réactionnaire et l’année d’après on ne m’a pas demandé d’être à nouveau conseiller pédagogique. Chaque fois que je rencontre une ou un de mes anciens élèves et que celle-ci ou celui-ci me sourit aimablement, vient évoquer ses souvenirs ou même me saute au cou, je me dis que mon prétendu « autoritarisme » ne les a pas traumatisés !

Il semble qu’aujourd’hui, pour ne pas avoir l’air d’un moraliste, pour être « politiquement correct », et surtout pour ne pas avoir d’ennuis, ne pas faire de vagues, ne pas risquer de provoquer de conflit, on n’ose plus contrôler sérieusement, réprimander, voire parfois sanctionner. Et ainsi dans un système peuvent s’accumuler de nombreuses petites ou plus importantes négligences, qu’on tolère ou ignore et qui peuvent le fragiliser gravement. Alfred Sauvy l’a souvent écrit : ce qui manque le plus aux dirigeants, aux hiérarchies et aux politiques est le plus souvent le courage. Non pas le courage physique du combat mais le courage moral et le force de caractère. Il est tellement plus facile d’approuver et de féliciter que de s’opposer et dire « non » !  

Ces trois séries de causes, se conjuguent pour expliquer que les temps où on pouvait accorder notre confiance aux affirmations les plus péremptoires de nos dirigeants, les temps où nous pouvions nous reposer sur le savoir de nos experts, est malheureusement révolu.

Que faudrait-il pour qu’il revienne ?

Brider la finance mondiale déchaînée.

Exiger une démocratie participative.

Supprimer des milliers de règles, inappliquées ou vaines qui encombrent et rendent nos systèmes toujours plus compliqués et rétablir des règles simples, claires et contraignantes là où règne une liberté qui ressemble à celle du renard dans le poulailler.

Rétablir une politique des revenus qui mettre fin aux inégalités les plus choquantes et limitent les rémunérations abusives.

Réhabiliter le rôle de l’État comme garant de l’intérêt général, ce qui exige de lutter contre la bureaucratie et l’inflation législatives qui le paralysent et encadrer « l’ordre marchand ».

Imposer des cahiers des charges précis à toute entreprise, privée ou publique qui joue de fait un rôle de service public. (Ainsi aujourd’hui, par exemple, les fournisseurs d’accès Internet, privés, ont un vrai rôle de service d’intérêt général).

C’est un travail de longue haleine. Et en attendant, nous devons sortir du nucléaire, parce qu’on ne sait pas quelle catastrophe peut arriver quels que soient les propos rassurants de Madame Lauvergeon ou du président de la République. Et cet abandon doit être décidé rapidement parce qu’il  prendra beaucoup de temps.

Dans le deuxième article, Henricles essayera de prendre un ou plusieurs exemples concrets pour expliciter les propos de ce premier texte sur le sujet

 

Henricles. 12 Juin 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

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Marie-Françoise Schmid 14/06/2011 10:36


En écho à la 1ère partie de votre très intéressante analyse, je me permets de transcrire un extrait de l'admirable éditorial de Jacques Julliard, dans le "Marianne" du 4 au 10 juin dernier:
"Il y a aujourd'hui une forme de ralliement à la modernité qui n'est pas autre chose qu'un ralliement à l'argent,(...) qu'une capitulation devant l'argent. Le système de l'argent existe depuis des
millénaires. Mais, dans le passé, il coexistait avec d'autres systèmes qui le rendaient supportable: le système des forces matérielles, le système des forces spirituelles. Ce qui caractérise les
sociétés modernes n'est donc pas que le système de l'argent y existe. C'est qu'il a phagocyté les autres systèmes de valeurs.
(...) D'où cette disparition de la marchandise au profit de sa valeur monétaire, du foot au profit de l'argent du foot, du jeu au profit de l'argent du jeu, de l'amour au profit de l'argent de
l'amour. Sur ce système prostitutionnel, la gauche n'a pas grand chose à nous dire; pourtant le sursaut moral du socialisme contre la logique de l'argent sans fin est aujourd'hui la condition même
de la survie du socialisme"....


henricles 15/06/2011 10:06



En effet, cet article est très bien !


Merci !