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Tactique politique
Pour le président, il ne faut surtout pas rééditer en 2012 l’erreur commise aux élections régionales de 2010 : rassembler tout le monde au 1° tour de telle sorte qu’il n’y ait plus de réserve de voix pour le second. Et il est nécessaire qu’au second tour le candidat centriste appelle à voter pour N Sarkozy.
En même temps, les voix de droite ne doivent pas s’éparpiller trop au 1° tour de façon à éviter qu’arrive, à la droite, ce qui est arrivé à Jospin en 2002.
Pour cela, condition d’une victoire de Sarkozy en 2012, il faut préparer la situation la meilleure à droite, au centre et…à gauche. N. Sarkozy et ses proches ont déjà entamé les grandes manœuvres dans ce but. Voyons cela de plus près.
A droite.
L’extrême-droite n’est pas un vrai danger pour le candidat Sarkozy. Une chose est le candidat du F.N., autre chose sont les électeurs du F.N. Au second tour ceux-ci se rassembleront majoritairement derrière Sarkozy. Ils n’ont pas vis à vis de lui l’aversion qu’avait suscitée un J. Chirac dans leur camp. Là n’est pas le danger pour le président. Sauf dégradation importante de la situation d’ici là, la remontée du F.N. aux élections régionales ne se retrouvera pas à l’élection présidentielle. Et elle n’est, de toutes façons pas propre à menacer le score du président au 1° tour.
Une candidature Villepin, encore bien incertaine, aurait peu de succès. Il ne représente pas une vraie alternative. Ses amis sont peu nombreux et tous jusqu’à maintenant ont soutenu par leurs votes la politique actuelle. Villepin aurait eu quelque chance si aux yeux de l’électorat de droite, Sarkozy avait continué à se comporter en « bling bling », et n’avait pas finalement cherché à endosser les habits de président, ce qu’il va tenter de faire de plus en plus, malgré qu’il en ait ! Bref, pour que Villepin soit un vrai danger il faudrait que d’ici 2011, le président perde le contrôle de sa majorité : on en est loin ! Même si le président se débarrasse de Fillon trop populaire, à son goût, celui-ci ne se mettra pas au service de Villepin mais au service de…Fillon ! Et il est possible que selon l’atmosphère politique du moment Sarkozy, justement pour plaire à sa majorité, garde Fillon !
Pour l’actuel président le vrai danger peut venir du Centre et surtout de la Gauche. D’où la manœuvre habile et inavouée, sournoise, pour susciter la candidature de…Martine Aubry à gauche, se rapprocher doucement de Bayrou, et demeurer bien avec les centristes.
Au centre.
Le président le sait, tout le monde le sait, François Bayrou s’est isolé et ne renouvellera pas en 2012 le beau score de 2007. Mais il se présentera sans doute et tentera encore une fois de rassembler tout de même ces voix de l’électorat centriste, traditionnel, catholique, social, rétif à ce que le président actuel et sa femme représentent de « parvenus », « nouveaux riches » qu’une certaine bourgeoisie française dédaigne. Mais il y a aussi cet électorat choqué par trop d’injustice fiscale, trop de réformes brouillonnes inabouties ! Bref, une certaine bourgeoisie traditionnelle et sa suite n’aime pas le président Sarkozy.
Pour gagner, N. Sarkozy ne doit pas avoir d’ennemi juré au centre. Ainsi s’explique, par exemple, la « gâche » offerte à la chère Christine Boutin. La dame Christine, catholique, moraliste, sociale, a quelques sympathies n’est-ce pas dans un certain milieu centriste ! Furieuse d’avoir été évincée du gouvernement, elle a été amadouée par le président et ne fera rien contre lui ! Comment ? Le Canard enchaîné vient de le révéler et Sœur Christine de le …confirmer ! 9500 € par mois, secrétariat, voiture avec chauffeur pour une mission « très importante » de réflexion sur la « mondialisation ». Il est clair pour vous et moi qu’il n’y a ni au Quai d’Orsay, ni dans les universités et instituts divers, ni à Matignon, ni à l’Elysée, de hauts fonctionnaires, diplomates et chercheurs compétents sur ce sujet ! Par contre les connaissances exceptionnelles de Christine sur la mondialisation sont bien connues ! Croyez-vous que Christine va chercher des noises à Nicolas ? Voyons, en ces temps d’austérité budgétaire, de compression des salaires des fonctionnaires, il est si mignon, si gentil avec elle le président !
Il faut donc absolument, que le candidat centriste se rapproche un peu de N. Sarkozy, que Bayrou neutralise les velléités des gens du Nouveau Centre, (Merci Christine !) tentés de s’éloigner d’un président actuellement boudé par l’opinion. Et il est nécessaire que la candidate de gauche, soit un repoussoir pour l’électorat centriste sans lequel une élection présidentielle ne se gagne pas !
N’oublions pas, en effet, qu’à côté des 40% /45% de citoyens qui votent toujours à droite et les 40%/ 45% qui votent toujours à gauche, il y a un électorat flottant qui se porte selon les circonstances et les personnalités soit sur l’un, soit sur l’autre des candidats du second tour. Ce sont ceux-là, surtout parmi les personnes âgées, qui en 2007 ont préféré N. Sarkozy à Ségolène Royal. Pourquoi ? Essentiellement parce qu’avec l’aide précieuse et même décisive d’« éléphants » du P.S., comme Jospin, Fabius et d’autres, la droite avait réussi à les persuader que Ségolène ne « faisait pas le poids », était superficielle et sans envergure vraiment présidentielle.
Ceux-là ont compris depuis que celui qui n’avait pas l’envergure présidentielle était…l’autre ! Bref…
Il faut une candidate de gauche repoussoir pour les « centristes » ! DSK plairait bien trop à cet électorat, le président Sarkozy le sait. Mais lui et ses conseillers savent aussi que DSK a très peu de chances d’être choisi par les Primaires qui désigneront le candidat des socialistes et surtout que, si il réussissait à passer cet obstacle, une partie décisive de l’électorat « naturel » de la gauche, se réfugierait dans l’abstention plutôt que de voter pour l’ex-directeur du FMI. DSK est un bon candidat pour la droite modérée et les centristes de même que pour une gauche « bourgeoise ». La gauche de la gauche et de nombreux « verts » ne voteront pas pour DSK. N’oubliez pas que lors de la dernière élection, Ségolène avait réussi à mobiliser et faire voter des milliers d’abstentionnistes des banlieues. Ces électeurs de quartiers populaires ne se déplaceront pas pour DSK, l’Américain ! Il ne saurait être un danger pour Nicolas Sarkozy. Les propagandistes de l’UMP sauront aisément mettre en valeur la contradiction entre l’action du directeur du FMI et un programme socialiste de gauche !
Non, la candidate idéale pour la gauche, dans l’intérêt de Sarkozy est évidemment Martine Aubry ! A la tête du Parti, elle serait facilement renvoyée à sa place de candidate prisonnière de l’idéologie de ce parti. Sarkozy pourrait, et ses amis s’en donneraient à cœur joie, la renvoyer à ses « 35 h » imposées, à ses revirements sur la retraite à 60 ans. Ils n’auraient pas de peine à la présenter comme la candidate de la gauche passéiste, sectaire, dirigiste même, cette gauche que les électeurs du centre détestent. On rappellerait que Martine Aubry est arrivée à contrôler le parti socialiste grâce à des manœuvres pas très claires ! Enfermée par la propagande de droite dans le carcan d’une gauche archaïque, Martine Aubry serait le repoussoir idéal pour l’électorat centriste au second tour ! Et toute femme qu’elle soit, elle n’a ni le charme ni la séduction naturels de Ségolène Royal !
Et voilà pourquoi depuis des semaines et des semaines, une grande partie des medias met en valeur la candidature présidentiable de Madame Aubry. Pour Nicolas Sarkozy, il y a 3 candidats sérieux mais deux d’entre eux ne sont pas dangereux.
Le seul vrai danger vient de Ségolène Royal. Il faut donc la marginaliser. Laisser croire qu’elle est hors-course et que seuls Martine et DSK sont crédibles ! C’est à quoi s’est consacrée une grande partie des medias.
Et ça peut fonctionner !
Ségolène a une expérience de la campagne présidentielle de 2007 et elle est la seule avec une telle expérience.
Les notables et « éléphants » de la gauche, et Sarkozy le sait, ne se laisseraient plus prendre à dénigrer une candidate qui, aurait prouvé une nouvelle fois sa capacité à séduire militants et sympathisants. Cette fois, ils se déconsidèreraient définitivement.
Il n’y aurait pas moyen d’enfermer Ségolène dans l’archaïsme et l’esprit sectaire, elle qui n’a cessé de faire preuve de sa capacité à innover, à bousculer les appareils et les conformismes.
Le président et ses conseillers savent que Ségolène a une aura réelle, notamment dans certains milieux populaires de jeunes de banlieue grâce à ses militants de Désirs d’avenir et un réseau qui dépasse largement le seul parti socialiste.
Ségolène, ils le savent, est suffisamment indépendante, innovatrice et ouverte pour séduire l’électorat centriste qui serait repoussé par M. Aubry. D’autant plus qu’elle est la seule de toutes les personnalités politiques à avoir parlé plusieurs fois et solennellement de la nécessité de bâtir les États-Unis d’Europe !
Enfin Ségolène a prouvé pendant la campagne de 2007 qu’elle avait un charisme personnel certain.
Toute la tactique du candidat président, notamment à travers les medias de ses amis, est de tenter de marginaliser Ségolène Royal, et pousser la candidature de l’actuelle première secrétaire du P.S.
Les dirigeants de l’appareil du parti socialiste feraient bien de songer à cette tactique présidentielle de Nicolas Sarkozy. S’ils veulent gagner enfin l’élection-clef de la V° république, ils devront faire taire leur jalousie, leur hargne contre Ségolène, celle qu’ils ne contrôleront jamais. Il faut que DSK reste tranquillement au FMI et que Martine Aubry s’efface devant Ségolène.
Martine Aubry ne peut limiter son destin à être le « bouclier électoral » de Sarkozy !
Sa vraie mission est de faire gagner la société française grâce à une alternance réussie.
Henricles. 10 juin 2010