Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

Irritant et stimulant Michel Serres

 

A propos du livre : le temps des crises


Édition Poche-Le Pommier 2012


On le lit et on se dit : « zut alors ! C’est évident, j’aurais pu y penser tout seul ». Et en effet, on avait remarqué l’un ou l’autre de ces changements mais on n’avait pas rassemblé ces divers éléments ni ne les avait juxtaposés. Et là est l’apport du professeur de Stanford : Nous rappeler les 6 changements fondamentaux qui nous sont arrivés, que nous vivons depuis le XX° siècle et qui bouleversent profondément nos conditions de vie d’homme occidental. Démographie, espérance de vie et santé, fin des paysans, transports, connexions et adresses hors de tout lieu, conflits où la capacité de détruire jamais atteinte auparavant s’accompagne de l’impuissance de l’hyper puissance !

N’oublierait-il pas un de ces changements ? Depuis la seconde partie du XX° siècle, et seulement en Occident, les femmes ont commencé à obtenir de ne plus être totalement soumises à la loi des mâles dominants et ont entamé leur longue marche vers l’égalité. Là aussi les choses étaient restées en l’état depuis le néolithique ! Et ce changement implique bien des conséquences sur notre futur d’humanité puisque comme le dit très bien Virginia Woolf dans « Les trois guinées », chasseurs, tueurs, guerriers, brutes, tortionnaires, la plupart au cours d’une histoire multimillénaire furent et sont encore des mâles

Et Michel Serres nous rappelle : depuis le néolithique (10 000 ans pour simplifier), voire même depuis le début de l’humanité (1 à 2 million d’années ?) nous, hommes d’Occident, étions restés les mêmes, attachés à la glèbe en majorité, avec une espérance de vie de 30 / 40 ans, subissant dans nos corps maladies et douleurs diverses toujours présentes, immobiles ou déplacés à la vitesse du cheval au maximum, sans autre lien qu’avec ceux de notre village ou la ville proche et les guerres, quasi permanentes, tuaient plus par destructions des récoltes et transmissions de virus et microbes que par les armes bien modestes ! Et voici qu’en un siècle et demi, cette condition humaine a disparu. Michel Serres aurait pu dire autrement, que l’homme européen de 1800 / 1850, est bien plus proche de Cro-Magnon que nous ne le sommes de lui !

Alors pas étonnant que toutes les institutions politiques, militaires, universitaires, hospitalières,religieuses, conçues  en ces temps disparus soient en crise, toutes en crise, vu qu’elles ont prétendu continuer « à peu près comme si rien ne s’était passé » dit-il un peu méchamment !

Ensuite Michel Serres remarque que pendant ces millénaires les hommes n’ont cessé de chercher à maîtriser une nature dangereuse, aux ressources illimitées. Ils se savaient soumis à une nature dans laquelle ils étaient plongés, du matin jusques-au soir, essayaient d’en tirer parti tout en sachant qu’ils ne pouvaient pas la modifier et devaient donc se résigner à ses coups imprévisibles ou non : intempéries, climats, tremblements de terre, cycles réguliers, épidémies brutales, etc.

Par contre, avec les progrès des sciences et techniques depuis un siècle et demi nous nous sommes donné les moyens de modifier profondément cette nature : nanotechnologies, énergie thermonucléaire, biotechnologies, modification anthropique de l’atmosphère. Aujourd’hui, l’homme occidental a acquis un pouvoir infini et découvre que la nature, elle, est finie par contre ! Incroyable retournement !

Michel Serres s’essaye à imaginer quelles en pourraient être les conséquences. Il pense que les jeux à deux auxquels nous étions habitués depuis des temps immémoriaux, sont maintenant des jeux à trois. Homme contre homme, peuple contre peuple, nation contre nation, droite contre gauche, religion contre autre religion, selon lui un troisième partenaire intervient maintenant qui n’est plus l’objet au sujet desquels les sujets se battaient, mais qui est devenu sujet. Et ce partenaire il l’appelle la « biogée », la terre avec ses 4 éléments, la terre aujourd’hui « finie » avec laquelle il nous faut composer sous peine de mourir. Irritant Michel Serres qui aurait puse contenter du mot que tout lemonde connaît sans inventer ce néologisme : la biosphère, oui, la biosphère qui s’invite à la discussion et s’impose à nous.

Et Michel Serres qui semble n’aimer ni les sciences sociales, ni surtout le monde « médiatico-politique », qu’il appelle le « cirque », Michel Serres donc pense que les sciences, celles qu’il appelle les sciences dures, et surtout les sciences de la vie et de la terre doivent impérativement être la voix de la biosphère, nous transmettre ses exigences, nous donner son avis maintenant que nous avons les moyens de l’endommager, la blesser durablement même la détruire.

Et d’imaginer une autorité scientifique mondiale qui serait le porte-parole de cette « biogée » que je préfère continuer à nommer « biosphère ».

Irritant Michel Serres, oui qui ne se fatigue pas à rendre ses propos intelligibles et qui se contente de synthèse allusive plus qu’explicative, qui invente un acronyme, la WAFEL, dans lequel on finit pas comprendre qu’il désigne l’eau (water), l’air (ar), le feu (fire), la terre (earth) et la vie ! Et les scientifiques sont en charge d’en être les porte-parole.

Philosophe des sciences, Michel Serres, on le devine, est fort admiratif de ces sciences dites « dures » et insiste sur le rôle éminent qu’elles ont joué et jouent encore. Et son mépris, non exprimé mais qui affleure, pour les sciences qu’il n’ose pas dire « molles », les sciences sociales, le conduit à négliger complètement que les « scientifiques » ne sont pas des âmes pures au-dessus de la société, mais sont, comme les autres, parties prenantes de cette société humaine, avecleurs rivalités, leurs parti-pris, leurs chapelles, parfois leur corruption par l’argent ou le pouvoir ! Et on ne peut donc imaginer instaurer un « collège scientifique » mondial qui serait épargné par les querelles et intérêts qui atteignent tous les groupes humains sans aucune exception parce qu’ils sont des groupes composés d’humains ! L’insertion de tous les scientifiques dans la « société humaine », implique inévitablement une réflexion sociologique sur les conditions de mise en place, de création de ce groupe des « porte-parole » de la biosphère que Michel Serres estime nécessaire.

Irritant Michel Serres qui a le droit d’afficher son mépris pour le « cirque politico-médiatique », mais qui oublie que rien n’est possible si à un moment ou un autre, les « politiques », ne sont pas là pour prendre les décisions nécessaires ! Condamner les politiques, surtout dans nos pays où ils sont élus, c’est ouvrir la voie à tous les dangers.

Stimulant Michel Serres ! Merci pour ce petit ouvrage et particulièrement sur vos réflexions finales optimistes, sur l’émergence du « doux »,la fin espérée du « dur », de « l’agressif » du « violent » ! Et sur l’avènement nécessaire de « l’amour » dont vous avez raison de dire que ce n’est pas « gnan-gnan » !

Et c’est justement là que la marche des femmes vers l’égalité, que vous avez négligée de rappeler, jouera un rôle sans doute déterminant !


Henricles. A Vernègues le 12 juin 2012

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Marie-Françoise 12/06/2012 13:52

L'amour, la douceur, le respect en réponse à l'animalité, à la violence, au mépris.... Un "jeune homme aux cheveux longs" disait déjà cela il y a 2000 ans...
J'aime beaucoup Michel Serres et son adorable accent. Il n'est pas de la génération qui a lutté pour la liberté des femmes, mais je suis sûre qu'il les aime, les respecte, et se rend compte de leur
force!
C'est bien que vous, vous le disiez!
Amicalement.

henricles 12/06/2012 17:59



Une fois de plus entièrement d'accord avec vous ! Merci !