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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

Immédiateté, développement et religion

 

Défis pour le Brésil…

…Seulement  pour ce pays ?

 

Carpe diem ! Diem ? Non, un jour c’est parfois trop long. Il faut satisfaire dans l’instant. J’ai soif, je bois immédiatement. J’ai faim, je mange tout de suite. Peu importent l’heure, le lieu, les circonstances. Vendredi soir, début du week-end : que vais-je faire ? Quoi qu’il en soit, je sors, pour la fête ici ou là. Avec qui ? Où ? Quand ? On verra. Je ne saurai qu’au dernier moment. Et mon programme changera plusieurs fois ! Jouir de la vie, prendre son plaisir, rire, se distraire avec les copains, les amis, sans état d’âme, sans m’enfermer dans des barrières d’horaires, d’organisation prévue sur plusieurs jours, de nourriture équilibrée, de rythme de vie rigide sous prétexte de santé ou de travail à prévoir !

Jouir, vivre l’instant présent. En musique ! Musique toujours, tout le temps. En voiture dès qu’on est entré et que l’auto a démarré, vite le lecteur de CD s’il vous plaît !  Ou en bus, en métro,  les écouteurs et le MP3 ou MP4.

Rentrer fatigué, à 13 h ou 15h, se coucher, somnoler, dormir jusqu’à 18 ou 19 h.30. Au réveil, vite venir apaiser sa faim, ouvrir le frigo et manger, grignoter ce qu’on trouve avant de se remettre vite sur Facebook ou un autre site Internet. Et y retrouver les uns et les autres, pour envisager comment passer la soirée. Grâce à Internet, on saura quels sont les films ou les shows où se rendre tout à l’heure. On ne se décidera peut-être pas avant 20 / 21 h. Et en avant ! On sort. Ou bien on reste pour travailler un moment entre 22 h et 23 h. Et n’aller dormir qu’à 1 h puisque jusque-là on n’avait pas sommeil.

Non, ne croyez pas que je ne parle ici que d’adolescents qui  vivent leur vie  et cherchent à réduire les contraintes au minimum. Cela s’explique : les jeunes d’aujourd’hui sont confrontés à tellement de contraintes, auxquelles la civilisation et l’évolution des mœurs ne leur permettent pas d’échapper : la violence dans les rues qui peut vous tomber dessus, dont il faut se méfier, les heures et heures de transport autour de ces villes tentaculaires dans des bus inconfortables, souvent, hélas, et c’est plus perturbant, le divorce ou la mésentente entre les parents, les études difficiles et la discipline de l’école, le manque d’argent pour acheter ce que l’on voudrait alors que les sollicitations sont lancinantes, les profs insupportables qu’il faut tout de même supporter, les horaires de lycée qui obligent à se lever trop tôt ! Et le stress des contrôles et examens ! Et les inquiétudes sur l’avenir, diffusées à longueur d’antenne, avenir de la planète ou son propre avenir à préparer sans savoir trop comment.

Alors : carpe diem !

Le choix de l’immédiateté, l’arbitrage en faveur du plus simple et plus rapide, du moins coûteux, au détriment de l’investissement ne seraient-ils pas une des caractéristiques du comportement d’une majorité de  Brésiliens qui expliquerait leur retard dans bien des domaines et leur difficulté à atteindre le niveau de développement de ce « premier monde » qui les fascine, c’est-à-dire le monde de l’Europe occidentale, des États-Unis et des quelques autres pays riches ?

Certes, il est absurde de parler des « Brésiliens » dans une généralisation abusive qui gomme les différences entre les 200 millions de citoyens de ce pays. Cela dit, le Français qui vient souvent ici et demeure plusieurs mois, au milieu de ce peuple, ne peut s’empêcher de noter des constantes de comportement, des caractéristiques dominantes qu’on ne retrouve pas en Europe de la même façon !

On pourrait multiplier les exemples. Ainsi, le Brésil est un pays où les systèmes de sécurité civile pour faire face à des catastrophes, sont indignes d’un grand pays. Ni plan de mobilisation rapide des services publics, ni moyens techniques à mettre en œuvre pour porter secours ! Les organisations internationales ont demandé expressément aux autorités brésiliennes de bien vouloir remédier à cette carence qui a déjà eu des conséquences sur des milliers de gens lors d’effondrements catastrophiques liés, dans l’État de Rio, à des pluies torrentielles. Des milliers d’habitations avaient été détruites, des milliers de gens sans abri, il y eut de nombreuses victimes en grande partie parce que les pouvoirs publics n’avaient pas prévu les moyens d’intervention adéquats !

Où en est-on aujourd’hui ? Probablement au même point !

Au Brésil, les classes dirigeantes, ont su installer un système d’enseignement secondaire et supérieur de bon niveau, qui dispense à leurs enfants une formation sérieuse dans les domaines les plus divers. Mais ces « élites », dans une politique à courte vue, se sont contentées d’assurer le devenir de leurs propres enfants, dans des écoles privées qu’elles payent, mais pas de ceux de l’ensemble de la population ! Ils ont sacrifié l’enseignement primaire et secondaire public et gratuit de la majorité. Cela coûterait trop cher, n’est-ce pas ? Résultat, aujourd’hui, les  entrepreneurs, les industriels, ne trouvent pas la main-d’œuvre formée et instruite dont ils auraient un urgent besoin. Le Brésil forme seulement 16 ingénieurs pour 100 000 habitants lorsque les Chinois en forment 30 et les Coréens 354 ! Le pays compte encore 12,5 % d’analphabètes parmi les plus de 25 ans, et les comparaisons internationales sont peu flatteuses. Au 49e rang mondial, sur 56, pour la lecture. (La Croix. 15 10  2010.)

L’investissement pour l’avenir, sacrifié !

Voilà des années qu’on parle ici de construire des lignes de chemin de fer TGV entre les grandes métropoles du Sud-est qui assurent encore l’essentiel de la PIB. On en parle, on en parle… Et aujourd’hui, seuls des avions, des bus ou des camions relient ces villes tentaculaires. Tous les jours, des centaines d’avions décollent au-dessus de la ville de São Paulo pour gagner Rio ou Belo Horizonte !  Gaspillage, bruit et pollution, dangers, coûts faramineux, temps perdu pour aller des  aéroports dans les villes, embouteillages monstrueux. Mais le choix de l’investissement n’a pas été décidé ! Et les routes, mal construites, trop vite, se dégradent, sous le poids de milliers de gros bahuts chargés jusqu’à ras bord.

L’argent public sert d’abord à satisfaire les besoins des politiciens, de leurs familles et leurs clientèles, au lieu de servir à financer les infrastructures dont le pays a un urgent besoin.

Investir, c’est choisir le futur, sacrifier l’immédiateté en faveur d’un avenir          meilleur.

Investir, exige des contraintes de projection, de planification, impose donc de savoir s’imposer une discipline importante qui ne  se marie pas bien avec le plaisir immédiat et la volonté d’échapper à ces contraintes et l’exigence du « je veux le plaisir, la satisfaction, sans attendre » ! Je veux la fête, ici et maintenant et pour le reste, on verra après !

Et pourtant les compétences existent. Le système de transport aérien, avions, aéroports, fonctionne et bien, de même, par exemple que les systèmes informatiques. Au moment des élections, le vote et le décompte des voix sont au Brésil beaucoup plus rapides qu’aux États-Unis ! Seulement lorsqu’il ne s’agit plus de ce qui est nécessaire pour les classes dirigeantes, la préférence pour l’immédiateté, la facilité, le moindre coût,  reprend ses droits

Heureusement la religion est là qui nous sauve !

Que vient faire la religion ici ?

Partout des  églises, protestantes, catholiques, évangéliques. Et chez les catholiques, une profusion de saints et images de la Vierge. On prie, on chante des cantiques, on pratique des rites, on invoque des saints, on va en pèlerinage et il y a un saint pour chaque chose, chaque moment de la vie. Et on attribue à la statue, aux paroles du chant, aux invocations répétées, le pouvoir de guérir, réussir l’examen, faire revenir l’épouse volage, soigner l’alcoolisme du mari, réparer la jambe abîmée, retrouver un emploi, assurer la sécurité et la paix de la vie familiale !

Ce qu’on n’attend pas d’une  organisation rationnelle et efficace  de la société, parce qu’on préfère les satisfactions de l’instant, la fête quotidienne à l’investissement pour le futur, on l’attend de l’intervention divine. Et on y croit ! Et on pense aussi que les malheurs, les accidents de la vie, sont peut-être le résultat de l’action des forces démoniaques qu’il faut apaiser !  

Conclusion.

La question qu’on peut se poser aujourd’hui n’est-elle pas celle-ci : une des causes des crises que nous vivons dans le dit « premier monde » n’est-elle pas peut-être une sorte de « brésilianisation » du monde, cette tendance que nous avons, nous aussi, de nos jours, en Europe occidentale, à choisir l’immédiateté, le présent à satisfaire, plutôt que l’avenir à préparer ! L’endettement public serait-il aussi élevé si on n’avait pas choisi la facilité  de la dépense hier et aujourd’hui en tirant des traites sur l’avenir ? Et l’Internet et Facebook encouragent l’immédiateté, la communication et même les décisions instantanées sans le temps de la réflexion. Quant aux religions, elles perdent des pratiquants, certes, mais fleurissent les propositions de retraite, stages divers de bien-être, mieux-être, méditation, jeûnes, spiritualité, inspirés ou non de religions ou philosophies orientales ou ésotériques !

Américanisation ? Non, Brésilianisation !

Henricles  Aguas Claras. 18 novembre 2012

 

 

 

 

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Monie 24/11/2012 14:38

L'immédiateté, c'est le recours soit de ceux qui ont tout et ne désirent rien d'autre que de se fabriquer une existence de jouissance présente en excluant toute contrainte (hédonistes,
matérialistes ou cyniques ? ), soit de ceux qui n'ont rien et ne peuvent envisager aucun futur, se contentant d'un "présentéisme" existentiel, une sur-vie au jour le jour (ex. le Tiers-Monde).
Le Brésil n'échappe pas plus que les autres pays du "premier monde" à la théorie libérale ambiante qui base le bonheur des individus sur une consommation à outrance. Sacralisation du présent,
présent "étale et surdimensionné" plutôt que réelle et durable construction de l'avenir. Dans La Voie, Edgar Morin écrit qu'on est bien dans une "crise de l'humanité qui n'arrive pas à accéder à
l'humanité".
Pourquoi ce repli dans l'immédiateté ? Parce que l'avenir fait peur, peur de ne savoir comment s'y prendre pour créer "autre chose". Autre chose ? mais quoi ? Un futur radieux ? Est-ce possible ?
Avec toutes les menaces actuelles, sociales, économiques, écologiques, terroristes, nucléaires... Alors, pour ne pas perdre l'espérance, on se cramponne à ce qu'on a et on n'envisage l'avenir que
dans la répétition du présent, avec quelques arrangements pragmatiques toutefois, mais rien de bien "nouveau". Le changement dans la continuité...
Pourtant si "brésilianisation" il y avait, ce serait une bonne chose, car le Brésil, malgré les travers énoncés plus haut, n'est-il pas un pays jeune, joyeux, dynamique, audacieux même ? Certes, il
y a encore beaucoup à faire notamment pour réduire les inégalités criantes, mais grâce à la vitalité de sa population, c'est peut-être de ce côté-ci de l'Atlantique que viendront les solutions. Sol
y alegria !