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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

Deux semaines au Brésil...

 


 

Deux semaines, c’est peu, c’est sûr, mais cela me fut tout de même l’occasion de chercher si tel ou tel changement apparaissait ou non par rapport à la situation d’il y a un an et demi lors d’un dernier séjour précédent dans ce pays où je suis allé et ai séjourné si souvent depuis 1989.

La chaleur humaine, le large sourire, la gentillesse  du Brésilien, -le fameux homme cordial décrit par Sergio Buarque de Holanda qui avait emprunté l’expression au poète Ribeiro Couto – sont toujours là pour le plaisir de l’Européen qui arrive.  Et de la douceur des fruits, de la chaleur suave de l’atmosphère, des corps plus ou moins bronzés ou franchement noirs, à la peau apparemment sans défaut, de l’ondulation de la démarche des femmes ou des hommes, des poitrines généreuses offertes aux regards des passants, des bouches aux lèvres pulpeuses, émane toujours cette sensualité puissante qui semble imprégner le Brésil tout entier !

On le sait, les années « Lula » ont permis à des millions de Brésiliens de sortir de la misère noire qui était la leur. Et c’est heureux.

On le sait, le Brésil a été et est sur un sentier de développement rapide qui en fait une puissance économique qui compte de plus en plus.

Et pourtant, parcourir les villes, à pied ou en bus, c’est retrouver ce que Claude Levi-Strauss constatait déjà il y a plus de  65 ans : « un esprit malicieux a défini l’Amérique comme un pays qui a passé de la barbarie à la décadence sans connaître la civilisation. On pourrait avec plus de justesse, appliquer la formule aux villes du nouveau monde : elles vont de la fraîcheur à la décrépitude sans s’arrêter à l’ancienneté…les façades s’écaillent, la pluie et la suie y tracent des sillons, le style se démode, l’ordonnance primitive disparaît sous les démolitions… » (Levi-Strauss. Tristes Tropiques. P. 105/ 106. Presse-Pocket 1984).

C’est sévère. C’est hélas vrai, à Rio de Janeiro, à Belo Horizonte, à Manaus, à Recife aussi bien qu’à un moindre degré grâce à une rénovation récente, pour celles des villes parcourues cette fois. Murs décrépis, moisissures noires qui mangent les bâtiments, trottoirs défoncés, sacs de poubelles éventrés au milieu des rues, briques rouges  et fers à béton apparents, mendiants, seuls ou en couples, qui dorment sur des cartons, rues transformées en torrents difficiles à traverser dès qu’il pleut.  

Ce n’est heureusement pas  le cas d’Ouro Preto, bien entretenue, du moins dans son centre historique, qui demeure un joyau au milieu de la montagne.

Ce n’est pas non plus ce qu’on constate à Brasília. La capitale garde toute sa modernité, cette noblesse, cette harmonie futuriste, cette originalité que Lucio Costa, Oscar Niemeyer, Roberto Burle Marx lui avaient conférées dès sa naissance en 1960 ! Et une des voyageuses que j’accompagnais fut heureusement surprise par cette Brasília dont son amie brésilienne lui avait annoncé une décadence qui n’était pas au rendez-vous !

Mais parcourir ces villes, c’est vite comprendre que ce pays est encore très très loin d’être un grand pays développé. La circulation automobile et celle des camions et bus en ville s’est considérablement accrue encore et ce parce que beaucoup de Brésiliens autrefois trop pauvres ont pu accéder au « rêve automobile » et que la croissance économique entraîne une augmentation des flux de marchandises et d’hommes qui ici, en l’absence de réseau ferroviaire,  sont assurés par le « tout auto-camion-bus » ! Engorgement d’une  circulation pire qu’en Europe, bruit permanent et assourdissant des centaines de bus qui sillonnent les villes à toute allure, pollution intense par l’oxyde de carbone et autres gaz.

La misère et la grande pauvreté sont partout ou presque et dans toutes les grandes villes on voit de près ou de loin les immenses zones de « favelas » !  

Au moment où nous voyageons, la presse est toute remplie de supputations et bientôt de commentaires sur les ministres que la nouvelle présidente, Dilma doit choisir pour gouverner à partir de janvier 2011. Il semble que la continuité domine par rapport au gouvernement de Lula. La presse est plutôt positive, approbatrice, encore que les journaux de Belo Horizonte se plaignent amèrement que Dilma ne choisisse pas de ministre originaire du Minas Gerais dont B.H. est la capitale. « Patriotisme » de cet Etat minier comme de tous les Etats dans ce pays fédéral.

La croissance économique demeure vigoureuse mais Dilma va s’affronter à deux difficultés importantes qui réapparaissent : l’inflation commence à nouveau à pointer son nez tandis que le commerce extérieur est très déficitaire : les Brésiliens, dont le niveau de vie a augmenté ces dernières années achètent beaucoup à l’étranger et les exportations sont gênées par la faiblesse du dollar par rapport à la monnaie nationale, le Real.

Dilma et ses collaborateurs sauront-ils prendre les mesures nécessaires pour éviter que le pays retombe dans la spirale de l’inflation et de l’endettement ? Il faut y croire !

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Quinze jours dans la  chaleur des Tropiques, quinze jours d’émerveillement chaque fois renouvelé devant les richesses des églises baroques ruisselant d’or, devant la majesté du Rio Negro dans sa rencontre avec rio Solimoes pour former l’Amazone, devant les statues de l’Aleijadinho, devant la cathédrale de Niemeyer à Brasília, devant les chutes formidables où les dieux des Indiens et  Gaia, la Terre-mère, ont déchaîné des forces qui semblent toute puissantes et indomptables.

De retour en France, il faut vite sortir de la valise pull-over et lainages, et bientôt le tgv traverse les plaines et plateaux couverts d’une mince couche de neige.  Brrr, brrr ! Moins 5 en arrivant à la gare ce soir-là !

Henri Dravet. 3 décembre 2010. Les Merisiers. Saint Etienne.

 

 

 

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chris 14/01/2011 13:16


Excellent de rappeler le passage de "Tristes tropiques".Il colle `a la peau du Bresil.
-La spirale de la dette..on y est déjà.Malgré l importance du fonds souverain et des reserves de la Banque centrale qui cachent la realité.
-L inflation idem.Les chiffres officiels font état de 6% par an sur 2010. Pas coherent avec la hausse internationale des matieres premieres qui composent majoritairement le panier de calcul.. La
hausse de l indice de la construction s etablit à 12%,le prix de la viande a augmenté de 30% en moyenne,toutes regions confondues,etc etc .
-Il y a aussi L épée de Damocles des infrastructures en retard par rapport à la demographie et à la croissance sauvage .Voir les engorgements dans les aeroports ,dans les ports, les embouteillages
,l etat des routes,les hopitaux bondés.
-Puis L insécurité,avec 40000 morts par an -civils , policiers-.Entre les"assaltos" et les balles perdues..
Le coût de la chair humaine n est ,ici plus qu en Europe,pas inclu dans les calculs .
Voilà le paradoxe du Bresil.
Grande probabilité de cassure si la tendance n est pas inversée.
Exception faite de Fernando de Noronha.

Bref que du bonheur quand on est pas touriste..


henricles 14/01/2011 18:26



Merci du commentaire . Plus pessimiste que moi



danielle SLUSZNIS 10/12/2010 07:12


Merci Henriclès pour ce reportage. Quand on voit les pays émergents où il y a encore tant de midèred se préparer à nous faire concurrence à nous, les "pays riches" et tenter de copier notre mode de
vie en pensant que c'est la solution la meilleure; il y a vraiment de quoi se faire du souci pour l'humanité entière . Nous sommes loin d'être un exemple à suivre: ce qui se passe actuellement en
est la preuve évidente.Le Brésil en est un exemple, la Chine en est un autre, et il y en a bien d'autres encore qui seront très rapidement plus que concurrentiels. Un de mes fils est rentré de Côte
d'Ivoire en été dernier: le niveau de vie a considérablement augmenté, mais le fossé entre les riches ,de + en + nombreux et de + en + riches, et les pauvres, ce fossé se creuse de plus en plus.
Désespérant.......................


henricles 10/12/2010 09:22



Merci Danièle ! Cela fait plaisir


 Amicalement



Marie-Françoise Schmid 09/12/2010 18:14


Vous nous faites rêver, vous nous attristez aussi (on parle tant du Brésil comme d'un pays "émergent", qui n'émerge pas vraiment, à vous lire)...
Cordialement.


henricles 10/12/2010 09:24



Ne soyez pas triste ..;Le Brésolm émerge mais le processus est lent très lent !



Monie 05/12/2010 09:08


Ce que tu nous montres du Brésil, ces choses vues que tu nous racontes (tellement parlantes !)et ces réflexions que tu nous fais partager me renvoient au point de vue d'un chroniqueur que j'ai lu
dans Le Monde de samedi 4.Tout cela nous amène à nous demander où va le monde. Les inquiétudes sont les mêmes à tous les niveaux : que ce soit pour les pays riches ou pour es pays en voie de
développement comme le Brésil. Plus de croissance, plus de développement, plus de richesses... La Terre étouffe ! et on continue à courir...Mais vers quoi ? Quel sens à tout cela ?


henricles 05/12/2010 10:42



Merci Bises