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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

Brésil turquie Iran Moyen-Orient Afghanistan

De nouveaux regards qui bousculent

 

 

Des prises de positions qui dérangent.

 

Depuis plus de 50 ans, la Turquie est un des meilleurs alliés des USA. Elle est membre de l’Otan et candidate à intégrer l’Union Européenne. Ce pays de 77 millions d’habitants est un des rares pays musulmans à être une république parlementaire laïque, même si le rôle de l’armée et les méthodes de la Justice et de la police y sont trop souvent incompatibles avec ce que nous, Européens de l’Ouest, appelons « démocratie ». Enfin il faut rappeler que la Turquie est, depuis longtemps, un allié d’Israël, son seul allié au Moyen-Orient.   

 Le Brésil (200 millions d’habitants !) est, depuis 1985, une démocratie où les libertés fondamentales sont respectées, où la liberté de la presse et d’opinion est totale. Le Brésil a toujours appartenu à ce qu’au temps de la guerre froide, on appelait le « monde libre ». Les Brésiliens, quoique critiques vis-à-vis des USA, n’ont jamais pris de positions violemment anti américaines ni anti occidentales comme le Venezuela ou Cuba.

Turquie comme Brésil, sont des pays d’économie de marché ouverts et sont, globalement, des États de Droit, beaucoup plus respectueux des régles qui régissent les relations d’affaires qu’un pays comme la Russie par exemple. 

Or, les dirigeants de ces deux pays importants, en croissance rapide, et dont le poids compte de plus en plus dans les affaires internationales, prennent,  à propos de l’Iran ou du Moyen Orient, des positions diplomatiques très différentes des positions américaines et françaises.

Le président Lula a reçu au Brésil, amicalement, le président Ahmanidejad qui venait pourtant d’être réélu dans de douteuses conditions.

La diplomatie brésilienne s’oppose à des sanctions contre l’Iran et estime que la voie diplomatique est la solution. Lula interroge publiquement le club des puissances nucléaires, sur les justifications qu’elles peuvent avancer pour revendiquer le monopole de ces armes et les interdire aux autres.

Le Premier ministre turc, en visite à Paris, a été peut-être encore plus surprenant dans ses positions. Pour lui, le principal danger pour la paix au Moyen-Orient, n’est pas l’Iran mais…Israël ! Et il a ironiquement demandé, à propos du nucléaire iranien si, pour avoir le droit à une arme nucléaire, il suffisait de ne pas avoir signé le traité de non prolifération ! (Israël a l’arme nucléaire, personne ne s’en offusque et Israël n’a jamais signé ce traité !).

En Afghanistan, les Turcs ont envoyé 1700 soldats sous la bannière de l’OTAN mais refusent qu’ils participent aux combats et la Turquie est favorable à des discussions propres à intégrer les Talibans. Le président de la république turque a affirmé récemment son entier accord, à propos de l’Afghanistan avec le président iranien Ahmadinejad.

On le voit nous sommes loin, très loin des points de vue américain et français !

Nous ne devons pas traiter à la légère de telles prises de position même si elles nous dérangent.

Voilà deux grands pays amis qui nous interpellent ô combien ! Le meilleur ami d’Israël au Moyen-Orient qui déclare que le principal danger est…Israël ! Le président brésilien Lula, admiré de beaucoup, encensé aussi bien par Ségolène Royal que par Nicolas Sarkozy  qui reçoit amicalement un Ahmadinejad que nous considérons comme un fanatique et dangereux dictateur. Un tel comportement venu de la Chine ou de la Russie nous surprendrait moins.   L’une et l’autre puissance sont des rivaux et non des alliés des États- Unis, de l’OTAN et de l’Europe. Mais ce n’est le cas ni de la Turquie ni du Brésil !

Alors ? Eh bien nous voilà conduits à remettre en question des analyses politiques, des jugements qui nous paraissent naturels, presqu’évidents mais qui ne le sont sans doute pas du tout. 

Il est bon que des dirigeants respectés et respectables, de pays politiquement proches, rappellent quelques données que les Américains et Européens installés dans leur bonne conscience et leurs certitudes ne veulent pas regarder.

Non, l’Iran ne menace personne réellement et les paroles irresponsables de son président sur Israël, sont seulement la réponse d’un démagogue, certes  fanatique, à l’intransigeance des Israéliens. 

Oui, pourquoi l’Iran serait-il coupable lorsqu’il soutient des mouvements palestiniens (Hamas) qui luttent pour le droit d’avoir enfin un pays ? Pourquoi serait-il scandaleux que l’Iran soutienne particulièrement des groupes qui lui sont favorables ? N’est-ce pas ce qu’ont toujours fait toutes les puissances et qu’elles continueront à faire ?

Oui, c’est bien Israël qui bloque systématiquement toute avancée dans les négociations destinées à aboutir à la naissance d’une Palestine enfin indépendante. Oui, c’est bien Israël qui enferme les Palestiniens de la bande de Gaza, qui tous les jours les humilie, qui a commis à Gaza de véritables crimes de guerre. Oui, c’est bien Israël qui pratique une politique de provocations telles, que le 21 avril, Palestiniens du Hamas et du Fatah, pourtant ennemis depuis 2007, ont manifesté ensemble contre Israël !

Oui, il est fort possible que le premier ministre turc ait raison : qu’Israël soit aujourd’hui le principal responsable  d’un possible embrasement terrifiant du Moyen-Orient où la tension monte tous les jours !

Quant à l’Afghanistan, il est heureux que les Turcs, pourtant engagés avec l’Otan, rappellent que la guerre là-bas menée par les Américains et leurs alliés est la guerre d’une force étrangère d’occupation, qui ne peut aboutir à la moindre solution durable ! Le président Obama a compris que cette guerre ruineuse, qui tue autant de civils innocents que de prétendus « terroristes » devait cesser ! Mais hélas, pour le moment domine là-bas une occupation militaire aussi violente pour le peuple afghan que peu efficace pour rallier la population à la lutte contre les Talibans.

Il ne s’agit pas ici de défendre le régime iranien actuel. C’est une dictature qui nous révulse, qui ajoute aux violations des libertés, habituelles dans ce genre de régime, une oppression des femmes en tant que femmes, tout à fait inacceptable.

Le problème est ailleurs : dans le « deux poids deux mesures » pratiqué par l’Occident y compris, à la suite des pouvoirs publics, par l’ensemble des medias qui réussissent ainsi à manipuler nos opinions, c'est-à-dire vous et moi comme les autres. Les États-Unis (et Israël !) ont décrété que l’Iran était un État terroriste, alors « Sus à l’Iran ! ». Il est vrai, je répète que ce régime, pour nous démocrates, est abominable. O.K. !

Mais dites-moi, croyez-vous que les régimes de « nos amis et alliés » des monarchies du golfe soient plus sympathiques ? En Arabie Saoudite et autour du golfe persique, la condition des femmes n’a hélas rien à « envier » à ce qu’elle est en Iran. Et la démocratie et les libertés fondamentales n’y sont pas mieux traitées que chez les Ayatollah ! Qui en parle ? Est-ce que cela nous empêche de leur vendre les armes les plus sophistiquées ? Et pourquoi ne les montre-t-on pas du doigt alors que l’Iran est voué aux gémonies ?

Mais dites-moi, savez-vous quelle est la situation politique et la condition de la femme en Égypte, un autre de nos « alliés » ? Une dictature brutale, une justice aux ordres du pouvoir, une police qui torture systématiquement. Des élections truquées ! Quant aux femmes, lisez le reportage du journal  « Le Monde » du 20 avril. En voici le début : « L’Égyptienne de base est l’esclave des hommes, l’esclave de la société, de la religion et du système politico-financier qui nous écrase tous ».Ainsi s’exprime, Nawal Saadawi, médecin, écrivain politique récompensée sur tous les continents. Et le journaliste du « Monde » termine son reportage ainsi : « De Louxor au Caire, du Sud au Nord, dans les avions comme au restaurant,…90 % des femmes et des filles d’Égypte sont à présent voilées. »

On tolère, au nom de la « raison d’État », dans bien des pays, ce qu’on dénonce en Iran. Je pense aussi  au Pakistan, où le système socio politique n’a de démocrate que les apparences et où la condition de la femme est semblable à ce qu’elle est en Iran, sinon pire. Oui ou non la presse du monde occidental a-t-elle écrit que les services secret du Pakistan…avaient protégé et armé les factions talibanes…contre lesquelles, officiellement les dirigeants de ce pays aident les Américains à lutter ? Tout le monde le sait. Et c’est l’allié des États-Unis !

Vous voyez  bien, mes chers et fidèles lecteurs, que l’Iran est, pour les opinions, un « gros vilain méchant » non pas d’abord parce qu’il l’est réellement mais parce que les Américains et diplomaties occidentales ont décidé qu’il l’était tandis que d’autres « gros vilains méchants », tout aussi « gros vilains méchants », échappent eux à cette condamnation parce qu’ils sont plus ou moins nos « alliés » !

Permettez-moi de vous faire remarquer que l’Iran certes, intervient par finances et armes pour aider ses amis du Moyen-Orient, n’est sans doute pas non plus sans influence en Afghanistan. Mais l’Iran, perse et chiite, est entouré d’Arabes, traditionnels rivaux des Perses, et d’Arabes le plus souvent sunnites ! L’Iran est entouré d’ennemis potentiels.

Par ailleurs, Américains et Français, ont des bases militaires puissantes autour de l’Iran. Quant aux  Israéliens, tout le monde sait qu’ils envisagent de bombarder les installations nucléaires de l’Iran, ce qui provoquerait de toute façon des milliers de morts iraniens et une catastrophe radioactive pour toute la région avec ses conséquences immédiates et lointaines. Comme ces Israéliens, sans que jamais personne ne les y ait autorisés ni ensuite ne les ait sanctionnés, ont bombardé les installations de l’Irak et de la Syrie. (Combien de Syriens ou d’Irakiens, innocents, morts, tués par les bombes israéliennes ? Qui en a parlé ? Qui s’en est préoccupé ? Vous connaissez, vous, des bombardements qui ne font aucune victime ?). On imagine que les Iraniens ne sont pas rassurés. Mettez-vous à leur place !

En ai-je assez dit ?  

L’arme nucléaire est une abomination. Lorsque, le 16 juillet 1945, il a vu le résultat du « Manhattan project » qu’il avait dirigé, pour construire la première bombe atomique  (une bombinette à côté des bombes thermonucléaires d’aujourd’hui !), Oppenheimer, épouvanté, a dit « mon Dieu, mon Dieu, qu’est-ce que nous avons fait ». Vive un Obama qui veut en débarrasser l’humanité !

Mais cela dit, on ne voit pas du tout pourquoi les Iraniens n’auraient pas le droit de se doter de ce dont se sont équipés Israël, le Pakistan, l’Inde, et les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité. Les Iraniens sont-ils plus irresponsables que les Pakistanais souvent proches de la guerre avec les Indiens et qui soutiennent des Talibans dans leur propre pays censé les combattre ? En tous cas les Iraniens, quelles que soient leurs opinions, extrémistes fanatiques comme les dirigeants actuels, modérés ou démocrates des diverses oppositions, ne comprennent pas les positions occidentales et ne peuvent les admettre : c’est ce que les Turcs et Brésiliens eux tentent de nous faire comprendre.

Conclusion.

Une fois de plus il nous faut déplorer la désunion actuelle de l’Europe, son incapacité à peser sur les affaires du monde. Mais il ne faut jamais renoncer.

Il nous faudra  remettre en question les jugements et positions actuelles de notre diplomatie. Le monde est dangereux et le sera de plus en plus si nous, Occidentaux, Européens, ne sommes pas capables, dans le respect évidemment, de nos intérêts stratégiques fondamentaux, de réviser des attitudes et comportements qui dressent contre nous des millions et millions de citoyens et dirigeants des régions du monde qui ne sont pas les nôtres, particulièrement dans les pays musulmans !

Arrêter dès que possible cette guerre en Afghanistan. Exercer des pressions très fortes sur Israël, voire, un jour, des sanctions, pour que ce pays cesse de refuser une Palestine indépendante et de se comporter comme un pays « orgueilleux, sûr de lui et dominateur » comme avait dit De Gaulle ! Reconnaître à l’Iran sa place de grande puissance régionale dans une grande négociation où il contribuerait au règlement difficile des problèmes de cette Asie occidentale en ébullition. L’Iran n’est ni impérialiste ni agressif. C’est seulement un pays fier de sa vieille civilisation, de sa culture et qui souhaite voir reconnue cette importance dans cette région surtout musulmane. Français et Américains trouvent normal d’entretenir là des bases militaires à des milliers de kilomètres de chez eux, et il ne serait pas normal que l’Iran y ait son influence !

Il nous faudrait une vraie puissance européenne unie pour avoir assez de poids auprès des Américains. Ce n’est pas le cas. Mais il ne faut jamais renoncer : alors nos espoirs , en France, reposent sur le choix qui sera le nôtre en 2012. Il nous faudra une personnalité forte, audacieuse, capable d’innover en diplomatie comme ailleurs, déterminée à sortir de sentiers battus de la diplomatie occidentale.

Ce ne sera sûrement pas Strauss-Kahn, « l’Américain », ni Martine Aubry qui n’a jusqu’à maintenant jamais fait preuve d’audace ni d’inventivité et qui semble en rester à un horizon politique limité à la France et à l’Europe.

   Pour le moment, je continue à penser que, parmi les candidats de l’alternance, déclarés ou non, à l’élection de 2012, seule Ségolène Royal a apporté la preuve, depuis 3 ans, qu’elle alliait dans sa personnalité, à la fois de l’audace, une grande capacité à bousculer les habitudes, une détermination forte, et le courage d’affirmer des convictions.

J’ignore tout ou presque de ce qu’elle pense de ces questions internationales aussi complexes que décisives. Mais je sais que sa personnalité garantit chez elle la capacité à se remettre en question grâce à une vraie largeur de vue et à la profondeur de sa réflexion.

Se mettre avec humilité  à l’écoute du monde  non occidental,  abandonner des jugements tout faits, forgés aux temps aujourd’hui révolus de la domination sans partage de l’Europe et de l’Occident sur le monde !

 C’est une nécessité pour garantir nos intérêts stratégiques à court, moyen et long terme et donc, garantir la paix, la nôtre et si possible celle du monde. 

 

 

   

 

 

 

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Adrien Gévaudan 28/04/2010 12:05


Très bon article, clair et bien écrit. Je lirai votre blog avec attention.
Dans un registre un peu plus polémique, peut-être serez-vous intéressé par cet article que j'ai écrit : http://indifference.blog.lemonde.fr/2010/03/12/la-mort-des-nations/

Amicalement.


henricles 28/04/2010 12:23



Merci pour tout. On a besoin de ce type d'encouragement pour continuer, envers et contre tout !


Je vais aller voir le site que vous indiquez


Amicalement



Schmid Marie-Françoise 26/04/2010 16:04


Tout à fait d'accord avec votre analyse, je suis cependant légèrement méfiante à l'égard de l'entrée de la Turquie dans l'UE. Que l'Europe conforte ses bases, s'organise politiquement avant
d'intégrer quelque autre pays que ce soit.
L'Iran inquiète surtout par son régime islamique et le fanatisme de ses dirigeants... Mais je pense également qu'il n'y a aucune raison justifiable de lui interdire l'accès au nucléaire (Nous avons
bien vendu des centrales à Khadafi, nucléaire civil dit-on, mais tout de même!)
Quant-à votre inévitable conclusion, cher Henriclès, elle relève du mantra!!! Sans rancune?


henricles 26/04/2010 18:48



Non seulement pas de rancune évidemment mais un remerciement à nouveau pour votre commentaire !


Pour la Turquie je suis d'accord avec vous !


Quant au "mantra" nous verrons fin 2011 et en 2012


Amicalement