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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

Brésil. Insécurité et vie quotidienne

Brésil. Insécurité et vie quotidienne

Si on regarde les statistiques, on court tout de suite vers une agence de voyage  proche pour avancer le plus tôt possible notre retour en France ! Et on se dit qu’on va se consumer d’inquiétude après avoir une fois de plus laissé notre fille et ses deux enfants dans ce pays où meurtriers, tueurs et criminels surgissent à tous les coins de rues !

Entre 2004 et 2007 pendant ces 4 années, il y a eu 169 574 morts dans les 12 plus grands conflits du monde (Irak, Afghanistan, Inde / Pakistan au Cachemire, Israel / Palestine etc). Pendant ce temps au Brésil on a assassiné…192 804 personnes ! 

L’Organisation Mondiale de la Santé considère qu’à partir de 10 homicides pour 100 000 habitants, un pays connaît un état de « violence pandémique ». Au Brésil en 1980 ce taux était de 11,7 et est passé en 2010 à…26,2 !

En France en 2000, le taux était de 0,7 pour 100 000 lorsque cette année-là au Brésil il était de 23 !

A Brasília où nous habitons, les homicides sont passés en 10 ans de 770 en 2000 à 880 en 2010 ! Et le taux d’homicide pour 100 000 habitants est de 34,2, pire que la moyenne du pays !

Avant de repartir pour notre « doulce France »,  nous nous rassurerons un peu avec une lecture plus complète de l’étude référencée ci-dessous : Brasília n’est que la 18 ° capitale la plus dangereuse du Brésil sur 27 ! Ouf !  

Et au diable vos préjugés et les bêtises racontées par vos télés ! São Paulo est  la capitale où vous risquez le moins de vous faire trucider en allant à la messe de 11 h ou à la banque (27° sur 27 !). Si vous allez à Rio, soyez un peu plus prudent : c’est la 23° ! Mais, vous voyez, Rio est loin, très loin d’être le coupe-gorge qu’on vous présente et là-bas aussi vous pouvez sortir sans crainte acheter vos crèmes solaires !

 S.P. et Rio sont les villes où les homicides diminuent le plus depuis quelques années !

Ah ! Si Florence déménageait pour Rio, tout serait bien : plus d’inquiétude lorsqu’on s’en irait et en attendant, au moins, on pourrait se baigner, tandis qu’ici, la faune qui peuple le beau lac Paranoa est au moins aussi dangereuse que celle qui hante les trottoirs de la ville !

Alors insécurité dans la vie quotidienne ? Dans une récente chronique j’avais écrit ceci à propos des villes satellites : « insécurité d’ailleurs toute imaginaire sauf à certains endroits particulièrement mal fréquentés dont il serait inutile de nier l’existence. Les passages souterrains du Plano Piloto recèlent bien plus de danger la nuit !

J’avais peut-être eu tort. L’autre jour, dans ce quartier, sur le trajet tranquille qu’elle parcourt tous les jours entre son école et sa maison, à 13 h, une jeune lycéenne de 16 ans a été le témoin apeuré, bouleversé, d’une attaque par un quelconque « délinquant » de deux de ses camarades garçons. Elle a eu juste le temps de s’enfuir le plus vite possible sans savoir le détail de ce qui s’était finalement passé ! Éprouvant !

Avais-je vraiment eu tort ? En plus de 20 ans, notre fille a conduit partout et à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, s’est déplacée toujours où elle avait besoin d’aller, aussi bien à Natal qu’à Brasília, à Rio qu’à São Paulo, a beaucoup vécu seule et nous disait qu’il ne lui était jamais arrivé une seule fois d’avoir la moindre crainte !

Venu plus de 10 fois au Brésil, depuis 1989, pour 6 semaines ou 2, 3 ou 10 mois, je l’ai parcouru en « touriste » ou en famille, dans tous les sens, toutes les régions ou presque, à pied, en voiture, métro, autobus, autocar, pas une fois non plus je n’ai eu à m’inquiéter de quoi que ce soit !

Et pourtant, tout à l’heure, en sortant, demain ou dans un mois, nous pouvons, nous le savons, être victimes d’une violence soudaine et… brutale,  puisque toute violence est brutale ! Nous le savons !

Certains vont peut-être me dire qu’à Saint Étienne, Lyon et surtout Marseille, la sécurité n’est pas non plus très grande. Il est vrai, les journaux locaux sont tous les jours remplis de faits divers qui font froid dans le dos : Vol à main armée, attaques contre des personnes, braquage de bijouterie ou de bureaux de poste. Et les règlements de compte entre bandes rivales à Marseille sont particulièrement fréquents.

Seulement voilà à propos de la France et du Brésil, les faits sont têtus. Or je vous rappelle, le taux d’homicides pour 100 000 habitants était en 2000 de 0,7 en France et de 23 au Brésil !

« Oui, mais depuis, en France la violence a beaucoup augmenté ! » allez-vous dire !

Navré de vous décevoir mais entre 2000 et 2010 le nombre d’homicides en France a beaucoup…diminué ! On est passé de 1051  en 2000 à 682 en 2010 !

Aucun doute : le Brésil est un pays bien plus violent que le nôtre et nous avons beaucoup plus de chances d’être dépouillés de nos téléphones portables, cartes bancaires, passeport et billets de banque au Brésil qu’en France. Par quel facteur doit-on multiplier ce risque ? Je l’ignore mais sans doute par un facteur proche de 10 ! 10 fois plus de chances (chance ? la langue française est parfois surprenante !) d’être victimes d’attaque à main armée qu’en France, peut-être plus peut-être moins !

Et alors ? Que faut-il faire ?

Trois solutions.

La première, adoptée déjà par certains est de ne jamais venir dans ce pays ! J’ai connu une dame – XVI° à Paris, les concours de bridges et parties de golf l’occupent souvent - qui m’a expliqué en long et en large qu’elle ne viendrait jamais au Brésil à cause de cette violence. Soit !

Mais quand votre fille y habite avec ses enfants et y travaille, se condamner à ne plus les voir ou seulement lorsqu’ils peuvent, rarement, venir en France ? Ce serait trop triste.

La deuxième est de venir mais…Mais de ne jamais sortir qu’en voiture fermée à vitres teintées, sans s’arrêter aux feux rouges, la nuit, de ne pas sortir le soir, de n’habiter que dans des endroits barricadés et gardés, de ne jamais se promener seul, de n’aller que dans les lieux surveillés, des plages privés, de ne fréquenter que les gens dont on est sûr. Bref de vivre au Brésil sans se mêler aux Brésiliens, sans avoir la chance de connaître la vie d’un peuple dans ses diverses composantes et n’appréhender un pays qu’à travers le prisme déformant de la petite élite privilégiée qui le dirige ! Et vivre dans l’inquiétude, l’angoisse permanentes. Parce que, même ainsi il n’y a pas de risque « zéro », surtout au milieu des riches, cibles privilégiées des enlèvements crapuleux !

Et si, votre fille, elle, vit au milieu des Brésiliens, dans un quartier simple et sans protection ? Vous n’irez pas chez elle…qui pourtant n’a jamais, depuis 20 ans, connu la moindre peur, la moindre attaque ?

Alors la seule vraie solution s’impose comme une évidence. Refuser ici comme là l’esprit « sécuritaire » qui vous fait voir en tout inconnu un voleur ou criminel en puissance. Accepter la situation, telle qu’elle est en sachant que même s’il y a des risques, ils sont limités. La preuve en est l’expérience des millions de gens qui vivent ici, bourgeois ou gens du peuple et qui ne sont jamais attaqués ni dépouillés !

Et grâce à cette attitude, on vit normalement dans le respect d’élémentaires règles de prudence qu’il est facile d’observer. Nous avons ainsi le bonheur de parcourir un pays, rencontrer un peuple chaleureux qui n’est majoritairement ni peuple de voleurs ni peuple de criminels.

Mais peuple avec une histoire tragique d’esclavage, de négation de la dignité de l’homme par d’autres hommes, les prétendus élites, d’exploitation éhontée et peuple où la violence a été  inscrite, enracinée  dans les structures sociales profondes. On ne se débarrasse pas en quelques décennies de 400 ans d’esclavage !

 A Dieu vat !

 Inch’Allah !

Les données sur la violence au Brésil sont extraites d’une étude très complète, de 265 pages publiée en 2012 à São Paulo, par l’Institut Sangari. L’auteur, Julio Jacobo Waiselfisz a systématiquement dépouillé toutes les statistiques de l’IBGE et la FGV, les deux institutions de statistiques les plus importantes du Brésil.

Henricles. 7 novembre 2012

 

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

see here 19/11/2013 12:35

It is true that Brazil is not safe as it seems to be! There is a lot of violence going on in there. Though the government is doing all it could, the people themselves need to come forward to put a stop to this homicide and to secure their future.

Supporter Sans Frontieres 17/01/2013 20:59

Salut,
Pour ceux qui veulent participer à la prochaine coupe du monde de football au Brésil pour supporter l’équipe de France, je vous invite à consulter le site http://www.supportersansfrontieres.com

rutabaga 11/06/2014 01:57

C'est la dernière fois que je vais voir ce site

Annick 11/11/2012 11:01

merci pour cet éclairage sur l'actualité récente de ce pays où j'ai passé seulement quelques heures mais dont je garde une émotion particulière.
quant aux pouvoirs en place, hélas, cela ressemble à un laboratoire antidémocratique bien orchestré

henricles 11/11/2012 12:22



Merci pour cette réaction