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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

Brésil Géant du XXI° siècle ?



 

 

 

 

Le Brésil…Bientôt grande puissance ?

 

 

 

 De nombreux medias ont écrit, à la suite d’organismes économiques tels que le FMI, que le Brésil, comme la Russie, la Chine et l’Inde, était en train de devenir une des grandes puissances du monde du XXI° siècle. On se propose ci-dessous d’examiner les éléments qui justifient ce jugement et les arguments contraires. Ce ne sera pas une étude systématique, chiffrée et complète. On pourra lire prochainement sur ce blog une étude certes modeste mais qui sera plus argumentée et plus élaborée pour ceux qui voudraient approfondir.

Sur ce blog très politique, il ne me semble pas inintéressant d’écrire au sujet du Brésil : nous aurons l’occasion de constater que les problèmes de la société française sont, sous bien des aspects du même type que ceux que nous rencontrons au Brésil, à une toute autre échelle malheureusement, pour les Brésiliens.

Lorsqu’en 2012, Ségolène Royal sera aux commandes, avec son équipe, elle aura, nous aurons et nous avons déjà à trouver des réponses que les Brésiliens de Lula, comme les Chiliens de Michelle Bachelet et les Argentins de Cristina Kirchner doivent chercher chez eux !

 

I La puissance du géant d’Amérique du Sud.

 

1) Par sa taille et sa population le Brésil est vraiment le grand pays d’Amérique du Sud et un des géants du monde : Ses 8,5 millions de km² en font un pays plus grand que les Etats-Unis sans l’Alaska (le Brésil c’est le Mainland des Etats-Unis plus la superficie de l’Ukraine et du Benelux !). Seuls la Russie, le Canada et la Chine sont plus étendus. Par sa population, le Brésil est le 5° pays du monde. Avec 196 millions d’habitants estimés en juillet 2008, il vient après la Chine, l’Inde, les Etats-Unis (300 millions) et l’Indonésie (237 millions) ! A lui seul le Brésil abrite plus de la moitié de la population de l’Amérique du Sud. Il y a autant de Lusophones que d’Hispanophones[1] en Amérique du Sud !

Par la richesse produite chaque année, l’économie brésilienne est également une des principales économies du monde. En 2008, le PIB du Brésil était de 1849 milliards de $, du même niveau d’ensemble que celui de la France qui atteignait 2075 milliards de $.

Cela dit par rapport à celle du grand voisin du Nord, la richesse produite au Brésil est 12 fois moins importante et le PIB par tête est 5 fois moins élevé !

2) Le Brésil est une des grandes puissances agricoles du monde. Maïs, soja, poulets, jus d’orange, bovins, cane à sucre et sucre, café, cacao, on n’en finit plus d’énumérer les produits pour lesquels le Brésil est un des principaux producteurs et exportateurs mondiaux !

Et il y a encore des millions d’hectares à mettre en culture

Et en même temps, le Brésil a une industrie capable de vendre à la France et à d’autres des avions de qualité tandis qu’il vend des voitures et d’autres produits industriels  à ses voisins d’Amérique du Sud.

3) Le Brésil a d’immenses ressources en eau et à l’heure des pénuries qui s’annoncent c’est un atout supplémentaire. Le Brésil avait déjà du pétrole mais la Petrobras, une des majors du pétrole, vient de découvrir des gisements en eau profonde qui feront bientôt du Brésil un des grands exportateurs mondiaux d’hydrocarbures.

Du point de vue technique, les chercheurs brésiliens ont été parmi les premiers à développer les carburants à partir de la canne à sucre et ont inventé un moteur qui fonctionne indifféremment à l’alcool ou à l’essence, qu’on peut mélanger dans le même réservoir : la mise au point de ce moteur a suscité l’intérêt de l’industrie automobile française ! 

4) Le réseau aérien intérieur est dense, les aéroports de classe internationale sont nombreux et la flotte aérienne des grandes compagnies du pays est équipée des Airbus et Boeing les plus modernes.

5) Comme le Brésil a connu ces dernières années un taux de croissance économique élevé (6 à 8 % annuels), a redressé vigoureusement ses comptes extérieurs, diminué son endettement international, maîtrisé à peu près l’inflation, il a reçu des capitaux du monde entier venus profiter de ces bonnes conditions économiques.

De plus, le Président Lula a mené une politique sociale destinée à éradiquer la plus grande misère, à réduire un peu les inégalités sociales, sans menacer les grands équilibres macro-économiques ni effrayer les éventuels investisseurs.

Cette politique lui a garanti une grande popularité dans la population modeste et pauvre. C’est facteur de stabilité sociale et politique. Le Président Lula a aussi assuré une forte présence sur la scène internationale et fait reconnaître une place de premier plan à son pays. Et celui-ci, en paix avec tous ses voisins, impliqué dans aucun des conflits du monde, à l’écart de toute menace terroriste, porte-parole écouté du Tiers-monde, peut consacrer ses énergies à assurer son expansion dans la paix et la tranquillité

Il n’est pas étonnant alors que beaucoup d’experts aient anticipé et aient vu dans le Brésil un des 4 futurs grands de la planète du XXI° siècle.

 

 

 

 

 

II  Un géant encore sous-développé

 

C’est à dessein, et un dessein un tantinet provocateur, que nous avons utilisé cette expression de « sous-développé » dont nous savons qu’elle n’est plus « politiquement correcte » !

Malgré toutes les données rappelées ci-dessus, il nous semble que les organismes et medias se trompent lorsqu’ils voient dans le Brésil un futur grand du XXI° siècle.

Le Brésil souffre et souffrira longtemps encore, de handicaps et retards qui sont des obstacles décisifs sur la voie du développement rapide d’une société prospère et puissante.

1)    Un exportateur de produits primaires.

C'est-à-dire de produits à faible valeur ajoutée : jus d’orange et soja, poulets et sucre voilà ce qui assure les entrées de devises. Avions et automobiles demeurent secondaires. Or, cette agriculture puissante est une agriculture prédatrice, fondée sur la monoculture, l’utilisation abusive d’intrants qui polluent, sur la destruction massive de la forêt et l’épuisement des sols. Il y a au Brésil de nombreux discours lénifiants sur la protection de l’environnement mais des pratiques inverses.

2)    Un territoire mal maîtrisé.

Le système de transport est principalement fondé sur l’avion et la route. Pas de réseau de chemin de fer digne de ce nom. Hors de l’État de São Paulo pas de réseau d’autoroutes et les routes nationales sont défoncées en permanence par les pluies tropicales et les énormes poids lourds surchargés. Les transports sont donc à la fois très coûteux, lents, peu sûrs et insuffisants. Il n’y a en général qu’une seule route asphaltée pour aller d’une ville à une autre et en dehors de ces quelques routes, ce ne sont que pistes de terre. Bref, dans ce pays, l’immensité est un obstacle plutôt qu’un atout.

3)    Une culture de la corruption.

La charge fiscale est importante, environ 35 % du PIB mais une très grande partie s’évapore à cause de la corruption, tradition « culturelle » tellement ancrée que bien des hommes politiques trouvent tout à fait normal d’utiliser l’argent public pour leurs proches et d’acheter le vote de citoyens. A cela il faut ajouter les rémunérations proprement scandaleuses, eu égard à la misère de la majorité,  que s’accordent les politiciens élus et qu’ils offrent à leurs conseillers ou assimilés. Or, dans ce pays fédéral  de 196 millions d’habitants, il y a des dizaines des milliers d’élus. Enfin trop nombreux sont les fonctionnaires de rang moyen ou élevé qui perçoivent des salaires plus élevés que les salaires européens alors que la masse de la population est beaucoup plus pauvre que chez nous.

Résultat, une grande partie de l’argent public ne sert pas au développement des indispensables services et infrastructures du pays. Il sert à payer corrompus et corrupteurs.

         4) Des systèmes publics d’enseignement et de santé  calamiteux

Éducation publique, primaire ou secondaire, système public de santé, tout cela est en déshérence et le demeurera hélas longtemps. Instituteurs et professeurs de l’enseignement public primaire et secondaire, sont si mal  payés que la plupart ont deux emplois pour arriver à vivre « décemment » et beaucoup pratiquent l’absentéisme. Les gens des classes moyennes mettent, quasiment tous, leurs enfants dans des institutions privées payantes où d’ailleurs selon les lieux et les tarifs, les professeurs ne sont ni bien payés ni bien compétents.

Dans le monde d’aujourd’hui, on ne devient pas un pays développé puissant sans un système éducatif performant ni un système de santé public efficient. Il existe au Brésil des structures et personnels de soin et d’enseignement très efficaces, au fait des techniques les plus modernes, mais seulement pour les 20 ou 25 % de la  minorité riche.

Comment en douter ? Aucun pays au monde ne peut être celui d’une société riche et puissante si la majorité du peuple reste à l’écart d’une véritable instruction et d’une vraie politique de santé

Ce n’est pas pour rien que l’espérance de vie à la naissance n’est en moyenne que de 71,71 ans (80,87 en France) et que la mortalité infantile atteint encore les 23,33 ‰ (Etats-Unis, 6,03 ‰ ; France, 3,36 ‰)

5)La guerre civile permanente

50 000 morts par an par armes à feu. Et l’ONU considère que là où il y a 25000 morts par an le pays est en guerre. C’est le plus connu. A Rio, à São Paulo, dans toutes les grandes agglomérations tentaculaires, règnent l’insécurité et la peur des classes moyennes. Dépenses considérables de police, privées ou publiques de système sophistiqués de protection, parfois véritable bataille à l’arme lourde dans la ville de São Paulo ou de Rio, entre  la police et les gangs. Complicité certaine mais jamais punie faute de preuves et à cause de la corruption, entre politiciens et mafiosos, homicides nombreux et rarement élucidés.

Bref, le Brésil est le seul  grand pays du monde où règne trop souvent et jusque dans les capitales du pays, le Non-Droit.

Aucune société ne peut devenir société prospère si  elle n’assure pas partout et pour tout le monde la paix civile et le règne du Droit.[2]  

         6) La majorité du peuple vit dans la misère

La, encore, il faudra de très nombreuses années avant que la majorité de la population accède  au  niveau d’existence qu’assure à sa population un pays qui se prétend une puissance !

Le président Lula a généralisé et amplifié un système de lutte contre la misère amorcé par son prédécesseur Fernando Henrique Cardoso.

Ce seul exemple suffira pour mon propos. En 2008, 46 millions de personnes ont bénéficié de ce système de « bourse familiale ». Une famille pauvre peut recevoir du gouvernement au maximum, s’il y a plusieurs enfants, la somme mensuelle de…182 Reais, soit…61 € et un peu plus en pouvoir d’achat, disons 90 à 100 € !  Et pour bénéficier de cette aide, il faut que les revenus par tête  de la famille soient inférieurs à …120 Reais (40 € mensuels !). Ces sommes sont versées à la mère de famille et seulement si la preuve est apportée que les enfants sont scolarisés.[3]

Ce programme est très important, coûte cher au budget de l’État mais, il est facile de le comprendre si on songe aux sommes distribuées aux familles et aux conditions de revenus pour en bénéficier, il consiste à empêcher ces millions de gens de…mourir de faim ou du moins de carence alimentaire!

 

         Conclusion

Le Président Sarkozy a réussi à vendre aux Brésiliens des armes sophistiquées et fort coûteuses : tant mieux pour ces entreprises françaises et leurs salariés. Les 50 hélicoptères dernier cri serviront-ils à surveiller et punir les grands propriétaires pillards de l’Amazonie et du Mato Grosso ? Ou seulement à impressionner les voisins d’Amérique du Sud que le Brésil veut rassembler autour de lui, veut placer sous son influence de « grande puissance » ? 

On a attribué à Clemenceau, cette expression à propos du Brésil : « le Brésil a été, est et sera un pays du futur » !

Cela demeure vrai et nous verrons dans un autre article qu’il y a à cela, en plus des arguments ci-dessus exposés,  de profondes raisons culturelles.

 

Brasília, Aguas Claras. Le 6 janvier 2009

 

 

 

 

 



[1] Lusophones : qui parlent le Portugais.

Hispanophones : qui parlent l’Espagnol

[2] Nous avons passé la nuit du Réveillon sur la plage de Copacabana avec les quelques 2 millions de Brésiliens venus célébrer le passage au Nouvel An,  y admirer le magnifique feu d’artifice de 20 minutes et rendre hommage en lui jetant des fleurs, à Yemanja, déesse de la mer !

Le lendemain j’ai lu dans la Presse que sur cette plage, cette nuit-là, 5 personnes avaient été blessées plus ou moins gravement par des « balles » perdues tirées d’on ne sait où !

Aucun d’entre nous 5 n’en faisait partie… ce que je savais déjà !

[3] Informations tirées de « Le Monde » 18 09 2008. Article de J.P. Langellier




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