Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

Maternage abusif ou solidarité : Avec les Roms.

Ce couple d’amis Rom, après 4 ans de vie en France, ne parle toujours pas bien le français ni ne le comprend, à plus forte raison lorsque c’est au téléphone. C’est un handicap terrible d’autant plus que leur niveau d’instruction leur permet à peine de lire et écrire !

Ils habitent, comme trois autres familles, dans un mobil-home très petit avec leurs deux enfants dont le dernier est né en France. La maman est enceinte du troisième qui va naître fin juillet. Grâce à un projet des gens d’Emmaüs ils bénéficient depuis plus de trois ans de ce mobil-home où, s’il n’y a ni toilettes ni eau courante, il y a chauffage électrique et gaz butane. Les neuf familles installées sur cet immense terrain vague loin de tout bus, de tout magasin, de toute école, ont une douche collective et un point d’eau courante. Le fait que ces neufs familles Roms aient été mises ensemble sur ce terrain explique plusieurs choses : ils parlent tout le temps entre eux dans leur langue (le Romanes et non pas le Roumain qu’ils connaissent et pratiquent parfois) et comme Emmaüs n’a absolument pas, dans son projet, prévu de cours intensifs de français, la plupart, arrivés de Roumanie avec un niveau scolaire très bas, n’ont pas réussi à maîtriser le français malgré des années de présence.

Grâce à ce projet d’Emmaüs, aujourd’hui cinq de ces familles ont bénéficié, soit le père, soit la mère, d’un contrat aidé à temps partiel qui leur a ouvert les droits à la Sécurité sociale, la CMU et les allocations familiales. Ces familles ont pu s’installer chacune dans un vrai appartement. Beau succès quand on sait que ces familles vivaient à la rue !

Actuellement, nous nous efforçons, entre autres d’aider Victor. et Nelly ( prénoms changés). à faire les démarches nécessaires pour entrer dans un appartement. Une travailleuse sociale, mobilisée grâce à Emmaüs, a piloté la constitution du dossier mais comme Victor.et Nelly ne comprennent que très partiellement et sont complètement perdus dans le labyrinthe de la bureaucratie et des diverses institutions, ils ne peuvent pas se passer de notre aide : obtenir une preuve de domiciliation, fournir toutes les pièces d’État-civil qui sont nécessaires en l’absence de livret de famille roumain, faire les démarches pour constituer le dossier de Carte Vitale et de CMU, ouvrir un compte courant, souscrire à une assurance pour l’appartement mis bientôt à leur disposition, en location etc.

Ajoutons à cela qu’une grossesse, en France est suivie avec un luxe de précautions et que nombreux sont les rendez-vous pour échographie, analyses en laboratoire, visites de sage-femme ou gynécologue.

Le terrain est loin de tout, la maman toujours en charge de ces deux enfants petits, le père travaille et ne rentre qu’en milieu d’après-midi : or, pour toute démarche, il faut aller en ville et si les « travailleurs sociaux » sont en général aimables et compréhensifs, ils sont dans leurs bureaux où il faut se rendre et en général ne se déplacent pas. D’autre part un travailleur social a beaucoup de personnes à suivre et n’est que rarement disponible au téléphone.

Bref, démarches pour appartement, suivi de grossesse, nous avons été fortement mobilisés dans l’espoir que Victor. et Nelly. puissent entrer en appartement avant l’arrivée du troisième enfant. C’était un quasi impératif vu que le terrain où sont les quatre mobil-homes, est devenu depuis des mois, une immense poubelle, ignoble, parcourue de rats nombreux et que cafards et rats envahissent aussi les mobil-home ! Il était hautement souhaitable que Victor. et Nelly. ne restent pas là après l’accouchement mais soient en appartement.

Hélas, les gens d’Emmaüs, ont estimé, fort de ce beau succès d’avoir sorti de la rue ces familles et confié les familles à des travailleurs sociaux pour les « suivre », ont estimé donc, que l’essentiel était assuré ! Ils n’ont donc plus de présence active auprès d’eux.

Résultat, le terrain a été transformé en poubelle par des gens sans foi ni loi qui l’ont envahi de toutes sortes de saletés. Pour ajouter à l’aspect infâme du lieu, Emmaüs a cru bon d’ordonner la destruction sur place de mobil-homes laissés par les familles parties en appartement. Et ce sont les ruines affreuses et informes de ces mobil-homes qui s’ajoutent aux ordures diverses apportées par les autres ! Bref, il est indigne que se termine ainsi un lieu de vie où, à grands frais, Emmaüs, qui appelait ça un « village », avait fait installer dix familles auparavant à la rue ! L’une d’elles est partie de sa propre initiative, vivre en…Écosse !

En tous cas les démarches d’accompagnement de Victor.et Nelly. pour leur appartement et la grossesse, nous ont beaucoup occupés ces temps-ci d’autant qu’elles se sont ajoutées à celles que nous devons faire pour d’autres familles (dentiste, médecin, pharmacie, hôpital etc.)

Nous avons bien de temps en temps l’aide précieuse de telle ou tel, mais si c’est précieux, c’est ponctuel et nous nous trouvons le plus souvent seuls, sans équipe. Loin de nous épauler, les gens d’Emmaüs, probablement dépassés par un projet dont, au départ, ils n’avaient pas mesuré l’ampleur et les contraintes, nous critiquent, ne nous donnent jamais la moindre information sur ce qui se passe à propos des quatre familles qui demeurent sur ce terrain poubelle et nous accusent de… materner ces amis Roms ! Et depuis plus de trois mois, par suite de cette carence, une famille avec cinq enfants n’a plus la couverture sociale qui permettait de faire soigner gorges, dents ou maux d’estomac !

Et pourtant : une maman de 25 ans, seule avec ses deux enfants de 4 et 2 ans, enceinte de 7 puis 8 mois, loin de tout, à une demi-heure du moindre bus, qui ne sait pas s’exprimer correctement en français ni bien comprendre, qui ne connaît absolument rien aux institutions de notre pays, dont le mari travaille dans la journée et qui n’a qu’un revenu de moins de 900 € par mois, peut-elle faire toutes ses démarches toute seule ? Et son mari qui n’est libre qu’un jour et demi par semaine, qui comprend très mal notre langue et nos institutions, n’est-il pas normal de tout faire pour l’aider à remplir les dossiers divers ?

Laissons là l’accusation de maternage et décrivons maintenant, l’exemple kafkaïen d’un de ces nécessaires accompagnements !

Victor.et Nelly. ont besoin d’ouvrir un compte courant bancaire de façon que l’agence de location puisse prélever le loyer de l’appartement, ce qui ne peut se faire à partir d’un livret A !

Ouvrir un compte courant postal ! Quoi de plus simple ?

Pour le Français lambda, qui a un salaire ou une retraite normale c’est facile.

Mais pour un Rom…même accompagné par un Français, Voyons un peu.

Acte I

Comme Victor. a un livret d’épargne de la Poste, allons à la Poste devenue malheureusement la « Banque postale ». Soit !

Nous attendons un moment, environ dix minutes et sommes reçus par une dame qui demande tout de suite à Victor. sa carte d’identité !

Il la sort !

Et c’est là le premier hic ! Une carte d’identité roumaine n’a qu’un recto, rien n’est noté au verso et il n’y a pas la signature de l’intéressé. Toutes les cartes d’identité des Roumains sont ainsi !

Las ! Pour la Banque postale ça ne va pas et la dame nous demande un passeport.

Victor. n’en a pas et j’explique à la dame que citoyen roumain il est membre de l’Union Européenne et n’a pas besoin de passeport.

« Je vais demander à mon chef alors » nous dit-elle.

Elle s’en va et revient au bout de dix minutes. J’avais insisté auprès d’elle avant sa sortie pour lui dire qu’on avait absolument besoin d’un compte courant !

Hélas : le chef ne veut rien savoir !

Alors le Français qui connaît un peu les lois et son pays, votre serviteur, proteste fortement

« Madame, vous n’y êtes pour rien mais je vous préviens je vais écrire à la presse et aux radios, je vais saisir le président de la ligue des Droits de l’Homme que je connais et vous pouvez dire à votre chef qu’on va entendre parler de lui ! La Banque est encore – pour combien de temps ? – un service public et c’est inadmissible. Mais pardon madame, je sais que vous-même n’êtes pas responsable de ça ! »

« Au-revoir madame »

En sortant du bureau de la poste, je croise une employée postière que je connais. Nous nous congratulons et nous remémorons notre dernière rencontre. Sympathique. Et je lui raconte mon mécontentement ! D’autant plus qu’on a besoin rapidement d’un RIB à remettre à l’agence qui loue le logement à Victor.et Nelly.

Mon amie, Amélie. est navrée mais n’y peut rien !

Acte II

On fait le tour de toutes les agences bancaires du quartier, il y en a au moins quatre et en ressortons bredouille

Nous prenons le chemin du retour lorsque Victor. me dit : j’ai un passeport mais il est périmé et à la maison !

Soulagement !

Peut-être que le passeport même périmé complètera la carte sans signature !

Retournons voir la dame de la poste !

A ce moment-là, en pleine rue, près de l’entrée du bureau de poste, mon amie Amélie. court vers moi et me dit :

« Ah ! Henri tu es là ! Je cherchais à te joindre ! Finalement on va lui ouvrir un compte ! Reviens, ma collègue va remplir le dossier de demande d’ouverture de compte courant »

Miracle !

Que s’est-il passé ?

Mon amie Amélie. n’est pas un « chef » et je doute fort qu’elle ait le pouvoir de contredire l’autre chef. Elle ne s’occupe pas de ce service. Mystère !

On revient à la Poste. La dame remplit le dossier qu’elle ne pouvait remplir quelques instants plus tôt.

« Revenez dans quelques jours. Cela part à Lyon qui va décider. Voilà un papier provisoire mais attention tant qu’il n’y a pas la réponse de Lyon rien n’est certain ! »

Ouf ! Les choses semblent vouloir s’arranger !

Acte III

Quelques jours plus tard, Victor. et moi – vous voyez, je le materne bêtement,- sommes à nouveau devant cette dame de la poste qui nous avait fixé un rendez-vous.

Patatras ! Tout s’effondre ! Lyon refuse d’ouvrir un compte !

Pourquoi ?

Parce qu’il est Rom et que ces gens n’ont pas toujours bonne réputation ?

Rappelez-vous, Hitler les avait enfermés dans les camps de la mort et 500 000 y avaient laissé leur vie ! Pétain, en France, les avait fait boucler dans des camps de concentration où ils sont restés au-delà de la Libération !

Tziganes, Roms, Romanichels, Gypsies, Bohêmiens, tous de voleurs, trafiquants d’enfants !

Et à Saint Étienne, le nouveau maire n’en veut pas et sa police les pourchasse !

Alors la Banque postale ? Anti-rom ?

Non ! N’allez pas croire !

On refuse d’ouvrir un compte à Victor. parce qu’il est « fiché à la Banque de France » ! Fiché à la Banque de France cela peut-être grave : chèques sans provisions, crédits non remboursés, utilisation frauduleuse de moyens de paiement ! Bref ! C’est sérieux !

Pauvre Victor. Il est bouleversé ! Il n’a jamais eu autre chose que son livret d’épargne ! Qui a bien pu usurper son identité et le faire « ficher » comme malhonnête ?

Je lui explique que les Roms sont très nombreux à avoir le même nom de famille et qu’il y a peut-être eu confusion avec un homonyme.

Cela ne le calme pas !

Mais la dame de la poste est sympathique et manifestement veut nous aider. Il y a une solution.

D’après la Loi, Victor, tout fiché qu’il soit, a droit à un compte courant mais il faut que ce soit la Banque de France elle-même, qui désigne la banque qui devra lui ouvrir le compte mais le compte minimum !

« J’écris pour vous à la Banque de France, je lui propose qu’elle désigne la Banque postale » nous dit notre gentille interlocutrice, « attendez la réponse de la Banque de France et revenez me voir lorsque vous aurez cette lettre » !

On repart et j’explique à Victor. que dès qu’il aura une lettre de la Banque de France il me le dise !

Acte IV

Quelques jours après la fameuse lettre arrive. Entre temps, toujours abusivement « maternel » j’avais téléphoné à la Banque de France pour savoir si ici à Saint Étienne on pouvait connaître le motif de ce « fichage » de Victor.

Retour à la Poste avec la lettre de la Banque de France. Et enfin la dame remplit un nouveau dossier, lequel devra repartir à Lyon mais cette fois, on lui ouvre un compte minimum, sans droit au moindre découvert, sans droit à un carnet de chèque, mais avec carte de paiement et retrait ! « Toutes ces restrictions monsieur parce que vous êtes « fiché » !

« Vous reviendrez dans quelques jours et vous aurez votre carte et je vous éditerai un RIB », ce fameux RIB dont l’agence immobilière a besoin pour vous permettre de signer votre bail ! Ouf !

Cela semble réglé mais mon ami Victor. demeure furieux, énervé et se demande bien qui a pu lui voler son identité pour qu’il soit « fiché ». Et le voilà qui émet les pires soupçons !

Acte V

Nous voici un soir, vers 16 h 30, après le travail de Victor. à la Banque de France. Après avoir montré plusieurs fois « patte blanche », on pénètre dans le sein des seins provincial de la Grande Maîtresse de l’argent, dans le hall de la Banque, et l’employé de l’accueil, très aimable, ne prend pas plus de quelques secondes pour ouvrir son ordinateur, vérifier l’identité de Victor et constater qu’il n’y a aucun fichage de Victor à la banque ! Et il est très étonné que la Banque postale qui, nous dit-il, a accès au même fichier ait pu affirmer un fichage…inexistant !

On émet l’hypothèse d’une erreur ou d’un désaccord interne à la banque postale au sujet de l’ouverture de ce compte courant !

En tous cas l’essentiel est acquis : mon ami Victor est entièrement soulagé !

Ce matin du 8 juillet, de plus en plus coupable de « maternage» je suis passé à la Poste ; j’ai montré à la dame la preuve de non fichage qui avait été donnée à Victor. par la Banque de France. Elle est restée interloquée et m’a dit, comme je comptais le lui proposer : on verra ça plus tard.

Mais en attendant la réponse de Lyon n’est pas encore arrivée.

Acte VI

Un de ces jours Victor. retournera, cette fois tout seul, à la Poste. On lui donnera enfin son compte et sa carte de retrait et de paiement.

Je ne serai pas avec lui. Il a compris ce qu’il avait à faire ce jour-là parce qu’à force de « maternage abusif », j’ai fini par obtenir peu-peu qu’il commence à savoir se débrouiller !

Conclusion

Quel est celle ou celui qui au vu d’un tel récit oserait encore nous accuser de trop materner ici des femmes et des hommes si démunis de tout et surtout de connaissances, de familiarité avec nos institutions, d’instruction et de culture française ?

Et lorsque j’ai emmené un autre, aux urgences dentaires un dimanche matin pour tenter, avec succès, de faire abréger ses souffrances d’abcès dentaire ? Maternage naïf ?

Et quand Mariana. a accouché en urgence d’une enfant mise aussitôt en réanimation postnatale, et que cette enfant est morte quelque jours après et qu’il fallait aller à l’hôpital pour décider avec l’équipe médicale quand la mort devait être constatée et décider aussi qui allait « habiller » le petit bébé pour l’emmener ! Et qu’il fallait s’occuper de trouver une concession pour l’enterrer et négocier avec les pompes funèbres l’organisation de l’enterrement !

Et tout ça alors que si la mère commence à parler un peu français, elle ne comprend pas tout, loin de là et son mari c’est encore moins bien, et ni l’un ni l’autre ne sait lire ni écrire !

Savez-vous ce que c’est de ne pas savoir lire la lettre qu’on reçoit ni comprendre ce qu’on vous demande de signer ?

N’est-il pas normal, je dirai même, la moindre des choses, d’être présent auprès de ces parents ainsi accablés par le sort et de faire pour et avec eux, forts de notre familiarité avec notre pays, les démarches nécessaires ? Et comme ils n’ont pas de chéquier, qui va faire le chèque au Trésor Public pour payer la concession du cimetière vu qu’il n’y a pas d’autre moyen de payer ? Moi, bien sûr le vilain « maternant » et ils me donnent immédiatement l’argent liquide correspondant !

Encore du maternage ? Non, seulement, comme nous pouvons, essayer de leur rendre moins difficile, l’intégration progressive dans une société complexe et a-priori peu accueillante aux pauvres et autres damnés de la terre que sont particulièrement les Roms.

Henricles le 12 juillet 2016

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

M.F.Schmid 14/07/2016 17:54

Je comprends votre colère, et votre émotion. Vous avez un cœur, et ça devient rare. Mais il me semble qu'il devrait être possible de former mieux les différents acteurs que vous décrivez, qui semblent surtout être des incapables...Le député de votre circonscription ne peut-il pas être alerté?
Il y aurait tout un plan d'aide efficace à organiser (à commencer par le ramassage des ordures dont vous parlez). Je suis scandalisée par de telles situations, dévoilées le même jour que l'affaire du coiffeur d l'Elysée!

Albaret Anne Marie 14/07/2016 12:45

J'espère que cet article ne restera pas que dans ton blog et que tu trouveras un lieu où il pourra être diffusé largement;
Bon été

Monie 14/07/2016 11:30

Henricles, tu es un saint !
Honte à nous de ne pas savoir (ou oser) aussi bien et complètement "materner" !
Les pauvres gens de la région de Saint-Etienne ont bien de la chance de te rencontrer !

chamard 12/07/2016 14:14

Ben, personnellement, je suis pour ce maternage que je nommerai plutôt "porter l'autre par notre désir qu'il s'en sorte quand lui même n'est pas armé pour". alors vas y materne !