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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

L'Homme inutile IV

Les préconisations du professeur Giraud. II

  1. La France et l’Europe

Il est nécessaire que la France se réindustrialise de façon à enrayer la baisse des emplois nomades. Et il faut aussi augmenter la préférence pour les biens et services sédentaires. Pour la France, P.N. Giraud examine sérieusement diverses hypothèses.

Sortie de l’Euro ?

Elle mènerait probablement à un repliement du pays sur son « pré carré » et à une désagrégation plus ou moins rapide de l’Union européenne. La France glisserait sur une spirale de déclin vu l’étroitesse de son marché et le fait que ses entreprises globales ne pourraient plus s’y déployer.

Politique protectionniste ?

Elle conduirait au même destin. Les entreprises globales localiseraient leurs emplois nomades ailleurs. Et sur le territoire, des entreprises protégées sur leur marché, réduites à ce marché, perdraient innovation et compétitivité. Ce serait un déclin assuré

Flexibilité du travail ?

Elle permettrait en effet de baisser le coût du travail…mais ne mettrait pas fin aux trappes de pauvreté. On passerait du « non emploi » de longue durée des chômeurs, aux emplois précaires, intermittents et mal payés par des entreprises libres de payer moins et de licencier plus facilement. Et l’État devrait introduire un impôt négatif pour aider ces salariés à vivre décemment : le problème des hommes inutiles demeurerait entier !

Formation ?

Certes il faut un effort massif de formation initiale qui supprime les trop nombreux « analphabètes » issus du système scolaire comme l’affirme notre auteur. Il faut une formation professionnelle efficace fondée massivement sur l’apprentissage ! Cela dit il est illusoire de penser qu’on va permettre l’embauche des chômeurs au long cours grâce à la formation : ce sont les offres d’emploi qui sont dramatiquement insuffisantes ! La formation est « une » des solutions mais pas « la » solution.

Alors que faut-il faire en France ? Deux objectifs : augmenter le nombre relatif des nomades « n», augmenter la préférence pour les biens et services sédentaires « s » !

Augmenter les nomades.

Cela revient à augmenter la compétitivité prix et améliorer la qualité des compétences rencontrées sur le territoire. C’est-à-dire mener une vraie politique industrielle. Haute technologie (aéronautique ; électronique ; pharmacie ; énergie) et industries du luxe sont les points forts de notre pays. Il faut les stimuler en favorisant les « pôles d’excellence » et les synergies entre universités, laboratoires, centre de recherche publics et privés, pépinières d’entreprises. Simplifier et encourager fortement la création d’entreprises dans ces secteurs.

Et il faut aussi « réindustrialiser », reconquérir des industries/services. C’est possible si la compétitivité / prix est améliorée et si on « monte en gamme », c’est-à-dire si on se place sur les segments les plus innovateurs qui incorporent le maximum de valeur ajoutée. Cela implique plus de dépenses de recherche / développement et robotisation. Ce n’est possible que s’il y a des incitations à l’investissement dans ces domaines et un système de formation professionnelle initiale et continue efficace.

Cela implique également de libérer les entreprise de carcans qui les brident tels que les effets de seuil et les conditions de représentations des salariés.

Nous sommes, en France, une nation d’ingénieurs et de mathématiciens au plus haut niveau international. Il faut s’appuyer sur ce « génie » français pour développer le numérique, l’intelligence artificielle, la robotique.

La tradition française est aussi celle d’un artisanat de grande qualité lié à notre culture nationale : il faut veiller à former dans tous ces métiers et veiller à ce que les compétences demeurent chez nous et ne partent pas toutes ailleurs. Et une vraie politique industrielle impliquerait aussi qu’on valorise sur le territoire, la filière bois et l’agro-alimentaire.

L’État, loin de devoir laisser « jouer » le marché, doit inciter, stimuler, encourager, faciliter, et créer les conditions qui permettent que naissent ces pôles de développement nombreux.

Quant à la compétitivité/prix, le problème se pose essentiellement par rapport à nos partenaires européens au premier chef l’Allemagne. La question est alors celle de l’Europe. Mettre fin au déséquilibre entre cette Europe du Nord et l’Europe du Sud.

En Europe, on doit penser que l’Allemagne a intérêt à mener une politique qui entraîne une hausse des salaires chez elle et une augmentation des dépenses publiques de façon à équilibrer la compétitivité entre l’Europe du Sud et celle du Nord. Si l’Allemagne acceptait ce choix, alors la zone Euro serait plus homogène donc plus stable et le problème de la compétitivité prix en France serait moins aigu. Cela suppose que des décisions importantes soient prises à propos de l’Europe. Comme Henricles l’a souvent écrit sur ce blog, renforcer l’intégration des membres de l’Union européenne est une nécessité pour parler de puissance égale à puissance égale avec États-Unis et Chine ! Mais cela ne peut se faire à 28 ! La solution préconisée par Giraud est quasiment celle qu’Henricles a plusieurs fois avancée sur ce blog : que les six pays fondateurs de la CEE plus l’Espagne (j’ajoute personnellement le Portugal, peut-être aussi l’Autriche et la Slovénie), décident d’avancer vers une union plus intégrée de type fédéral où alors les déséquilibres de compétitivité se réduiraient du fait de cette union plus étroite. Sans meilleure intégration des économies européennes, il est vain de penser qu’on peut sortir de la situation présente calamiteuse pour trop de nos concitoyens !

Henricles est convaincu que l’Allemagne y est prête. J.N. Giraud est moins optimiste et pense que l’Allemagne peut être tentée de se centrer sur l’Europe du Nord et ses partenaires de la « Mitteleuropa ». Je ne le crois pas et pense que c’est le « non » français au traité constitutionnel qui a refroidi la confiance des Allemands dans le « désir d’Europe » des Français. Et Hollande, traumatisé par son échec personnel à ce moment, n’ose pas proposer une avancée audacieuse dans la voie de l’intégration. Une fois de plus, le politicien domine ici l’homme d’État !

En tous cas, pour en revenir à notre propos : la réindustrialisation de la France, moyen d’enrayer la baisse des emplois nomades, dépend en partie du rééquilibrage de compétitivité entre France et Allemagne. De ce point de vue la politique du gouvernement français est en première ligne. Ou on avance vers une meilleure intégration en Europe ou on est condamné à rester en arrière ! Et l’effort intérieur de compétitivité doit absolument continuer.

Augmenter la préférence pour « s ». Que les Français choisissent de consommer plus de biens « sédentaires ».

Automatiquement cela augmenterait la demande de ces biens et provoquerait une hausse de l’embauche, des emplois dans ce secteur sédentaire.

Comment ?

Cela passe d’abord par la suppression de rentes de situation qui empêchent l’installation et le développement d’entreprises innovantes. Et Giraud prend l’exemple bien connu des taxis parisiens ! Des compagnies puissantes se servent de quelques artisans taxis pour faire pression sur les politiques et s’opposer à la fin de cette rente qui pèse sur les consommateurs et explique le nombre très insuffisant des taxis et le prix très élevé des courses par rapport aux autres capitales européennes. Il y a ainsi d’autres rentes – par exemple les officines pharmaceutiques – auxquelles il faut mettre fin. (Notaires ; juges aux tribunaux de commerce ; huissiers de justice ; administrateurs judiciaires ; juges de tribunaux de commerce)

Dans le domaine des activités sédentaires, il faut partout favoriser la concurrence et l’innovation de façon à permettre la multiplication des entreprises et donc des emplois. Ainsi dans la rénovation du bâtiment et l’isolation, il y a un énorme gisement d’emplois : encore faut-il que les entrepreneurs soient formés et trouvent les personnels formés pour cela.

Citons notre professeur : « En effet, les hommes inutiles actuellement parqués dans les soutes du secteur sédentaire ont en partie besoin d’être formés pour accompagner la montée en qualité des biens-services sédentaires ». (Page 296).

Politiques transversales

Développer la préférence pour le sédentaire et augmenter les emplois nomades passe aussi par des mesures transversales qui dépendent d’une action déterminée des pouvoirs publics.

Que la révolution numérique entre en œuvre : qu’une connexion haut débit et un accès à Internet soient considérés comme un bien disponible partout et par tous comme l’électricité. Que dès la formation initiale, les citoyens apprennent non pas à « surfer » sur le Net mais à s’y former, à apprendre à apprendre.

Que le marché du travail ouvre plus de possibilités. Ainsi un contrat de travail unique peut être envisagé : il accorderait au salarié d’autant plus de protection et de droits qu’il serait plus durable. Et les contrats doivent prévoir une flexibilité négociable : plus de temps de travail parfois mais maintien de l’emploi pour passer les caps difficiles.

Que les systèmes d’assurance-chômage et de retraites, soient transformés en système par « points ». Toute période de travail et rémunérée entraîne cotisation qui permet d’accumuler des points qui donnent droit à des formations ou des congés rémunérés et à une retraite. L’âge de la retraite serait libre de même que des périodes intermittentes de non travail. Il y aurait bien sûr pour tous un filet de sécurité qui n’enfermerait alors plus dans les trappes du chômage mais permettrait plus de souplesse entre un type de situation et un autre. Aux pouvoirs publics et leurs experts de mettre en œuvre concrètement ces idées dans le respect des contraintes fiscales et budgétaires.

Quelle Europe ?

On a déjà dit plus haut quelle était l’importance de la dimension européenne et du rétablissement des équilibres de compétitivité entre les partenaires, pour sortir des difficultés actuelles.

Et on l’a écrit : l’auteur pense que l’intégration peut se réaliser dans une Europe à 6 ou 8, les fondateurs plus l’Espagne. (Plus Portugal, Autriche, Slovénie ?)

Cette Europe mènerait une vraie politique d’aménagement du territoire et industrielle avec toujours l’objectif de développer l’emploi nomade et augmenter la préférence pour le sédentaire. L’agriculture européenne cesserait de subventionner ses exportations et produirait à des prix qui seraient élevés mais reflet des nécessaires qualité et protection de l’environnement ! Réduire drastiquement les pollutions agricoles qui dégradent l’environnement et abaissent la qualité des aliments permettrait de « sédentariser » le secteur en imposant des normes de qualité environnementales et de non pollution aux produits « importés ».

Les autres pays de l’Union européenne, avec le Royaume-Uni qui refuse toute intégration, formeraient le deuxième cercle de l’Europe : libre circulation, zone de libre-échange, coordination de politiques macroéconomiques, rapprochement monétaire. Enfin il y aurait le troisième cercle qui comprendrait des pays comme ceux du Maghreb, la Turquie, certains pays du Moyen-Orient. Avec eux seraient conclus des partenariats divers et accords de libre-échange.

Conclusion

Pour résumer ses propos, P.N. Giraud nous propose ce qu’il appelle, à la suite de l’économiste canadien Mundell, un « triangle d’incompatibilité de l’homme inutile ».

Pour P.N. Giraud, les trois propositions suivantes sont incompatibles :

  1. Il n’existe nulle part d’hommes inutiles
  2. Les politiques économiques des États sont indépendantes
  3. Les firmes nomades font circuler librement tout sauf les hommes

Est-il nécessaire de développer ? Ce triangle résulte de tout ce que nous venons de voir. En fait, P.N. Giraud propose que la proposition 1 soit vraie, que 2 soit vraie mais alors que 3 ne le soit pas. En fait tout est dans la nuance. Pour qui la 1 soit vraie, il faut que 2 et 3 ne soient pas tout-à-fait vraies !

Au point où nous sommes arrivés, Henricles doit revenir sur la deuxième phrase de son premier article : « je ne vous conseille pas forcément de lire cet ouvrage… »

Maintenant j’ose vous dire : même si vous n’êtes pas familier de Pareto et Schumpeter, même si cette lecture est parfois ardue, je vous invite à le lire ! En effet, il est riche et contient bien plus d’informations et réflexions que j’ai pu vous indiquer dans ses quatre articles !

Et le professeur d’économie finit sur une note particulièrement optimiste que je vous reproduis ci-dessous. Après avoir rappelé la belle devise de Guillaume le Taciturne, « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer, il écrit

« Aujourd’hui nous avons de bonnes raisons d’espérer pour entreprendre et nous réussirons « si nous persévérons. Seul pourrait nous faire mentir que nous perdions un temps précieux « à nous haïr et nous entre-tuer pour des questions de couleur de peau et de croyance en « des dieux, ce qui ne peut être exclu.

« C’est parce que je suis… raisonnablement optimiste que j’ai dédié ce livre à une très jeune « femme et, au-delà, à toutes celles et ceux qui aujourd’hui ont 20 ans »

Henricles 10 novembre 2015

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curcio 10/11/2015 19:52

En ce moment on entend beaucoup de monde vouloir changer les contrats de travail, revoir le cdi actuel!
Il faudrait que l'on admette qu'une nouvelle forme de précarité va créer de l'emploi!
Il faudrait alors que les banquiers évoluent, il faudra convaincre les bailleurs privés de prendre de nouveaux risques on demande une nouvelle fois à l'ouvrier de subir ! et bien non moi je crois à plus de participation des ouvriers dans le capital et la vie de l'entreprise et à une véritable politique d'encouragement à la formation de qualité !(beaucoup d'argent mal utilisé je l'ai vécu de l'argent distribué à des centres bidon).
salutations

henricles 10/11/2015 21:43

Bien d'accord avec toi ! Mais le problème est l'adaptation au nouvelles conditions de travail ave les phases de travail intermittent, tous ceux qui travaillent à domicile ! Et de plus actuellement on a des millions de salariés qui n'ont que des contrats précaires et de plusen plus ! Alors il y en a qui cherchent des solutions plus souples et plusjustes plus équitables
Salut Philippe et merci de m'avoir lu et d'avoir réagi