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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

l'Homme inutile II

(A propos du livre de P.N. Giraud)

Vous êtes nombreux à attendre que je vous parle des « préconisations » de notre économiste, propres à permettre l’éradication des « hommes inutiles »

Il va vous falloir attendre le troisième article sur ce livre : Patience ! En effet, il faut d’abord apporter quelques précisions sur les notions qu’utilise notre auteur.

Ce qui me rassérène est que lui-même m’a assuré qu’il lirait ce que j’aurai écrit à ce sujet et le commenterait ici même !

Dans un premier temps, écrire d’abord qu’il faut laisser au vestiaire les querelles vaines, du type, plus de dirigisme ou moins d’État, politique de l’offre ou de la demande, politique keynésienne ou politique libérale ! Bref, avec notre auteur, nous sommes loin des « guerres de religion » et des simplifications qui donnent lieu aux affrontements médiatiques et ne résolvent rien.

Nous sommes aussi loin des « y a qu’à ». Il ne faut pas croire qu’on pourrait mettre fin, ne serait-ce qu’en France, à cette situation dramatique qui enferme trop de gens dans la trappe de l’inutilité par quelques mesures à effet rapide et massif du type, augmenter le pouvoir d’achat des salariés, taxer les riches, interdire les « délocalisations », nationaliser les banques, diminuer la durée du travail, baisser drastiquement le nombre de fonctionnaires etc… ! P.N. Giraud n’est ni un politicien ni un « économiste des medias ». Il travaille comme un chercheur universitaire et dans cet ouvrage nous livre le résultat de ses recherches et réflexions.

Vous l’avez compris, les solutions qu’il propose sont pragmatiques et en rien idéologiques. Et il est vain d’y chercher les habituels remèdes dits « de droite », pour les uns, « de gauche », pour les autres. Il ne se place jamais sur ce terrain et on devine que c’est délibéré !

Chacun pourra à sa guise y déceler, s’il y tient vraiment, des relents de droite ou de gauche. Et les militants, ceux des « guerres de religion » trouveront les arguments qui leur permettront de ranger cet universitaire dans leur « camp » ou dans celui des « adversaires » ! Peu nous importe : seules nous intéressent les solutions. Nous pourrons alors les critiquer, compléter, ou…préconiser nous aussi !

Avant de continuer, il y a encore deux préalables à aborder.

Le premier est le suivant. Nous sommes dans un monde globalisé. Notre pays est certes un territoire national où l’État a à sa disposition des instruments de politique économique dont il peut user. Mais nous sommes aussi en Europe, dans une Europe qui a une monnaie, l’Euro, la nôtre, du moins pour le moment, qui a des institutions et des règles, des frontières de l’Union à l’intérieur desquelles les choses ne se passent pas comme elles se passent hors de ces frontières.

Enfin nous sommes insérés dans un réseau complexe de relations économiques avec les différents ensembles continentaux, américain, chinois, pays émergents, pays stagnants. En conséquence, les solutions aux problèmes économiques qu’on prétend résoudre, sont parfois seulement nationales, souvent à l’échelle de la zone Euro, d’autres encore à la dimension de l’Union Européenne, d’autres enfin concernent des problèmes internationaux à l’échelle du globe.

En conséquence de tout cela, telle ou telle mesure proposée dans ce livre, concernera la dimension nationale, européenne, ou mondiale, d’autant plus que l’objectif n’est pas seulement de supprimer les « inutiles » en France mais, si possible partout !

Et il y a enfin un troisième préalable avant de présenter, dans le prochain article, les « préconisations » Comme nous l’avons déjà vu, P.N. Giraud, introduit une notion, pour lui fondamentale, celle de « nomades » et « sédentaires », aussi bien pour les emplois que pour les biens et services produits. Comme il s’en sert tout au long de ses raisonnements, il faut maintenant préciser mieux ce qu’il entend par là et pourquoi ces notions tiennent une place décisive dans son ouvrage. Sous peine de ne pas comprendre les propositions.

Sont « nomades », les emplois que les entreprises multinationales – l’auteur préfère l’adjectif « globales » pour les désigner - peuvent déplacer aisément en fonction de la compétitivité, peuvent « délocaliser » selon l’expression hélas habituelle. Ingénieur aéronautique, ouvrier qualifié de l’automobile, ouvrières du textile, marins sur porte-conteneur, nombreux sont les emplois dont les entreprises globales ont besoin et qu’elles décident de déplacer en Chine, Tunisie, Europe centrale ou Maroc en fonction de leurs calculs de rentabilité. Et ces entreprises, produisent des biens et services eux aussi « nomades » qui sont vendus sur un marché devenu « mondial » ou quasi. Plus un territoire – la France par exemple – a d’emplois nomades et produit des biens et services nomades, plus il exportera et augmentera sa richesse, son PIB, pour reprendre les termes d’usage. Mais le nombre d’emplois nomades dépend de la compétitivité du territoire, laquelle varie en fonction de nombreux paramètres dont le prix auquel il faut payer les salariés nomades n’est qu’un paramètre parmi de nombreux autres.

Les emplois « sédentaires » sont au contraire ceux qui ne peuvent pas être facilement déplacés ou même pas du tout. Ainsi les emplois de coiffeur, boulanger, instituteur, sont sédentaires : on ne va pas importer nos baguettes de pain et nos croissants de Chine ou du Japon et les instituteurs brésiliens ne concurrenceront jamais ici les Français !

Les biens et services « sédentaires » sont ceux qui sont produits et consommés sur place. La richesse produite sur un territoire dépend donc partiellement des préférences des consommateurs. Si les consommateurs préfèrent acheter des produits « sédentaires », ils conforteront par ces choix les emplois « sédentaires ». Par contre s’ils préfèrent acheter des biens « nomades », ils mettront les producteurs de biens nomades du territoire en concurrence avec les producteurs nomades du monde entier. En effet, aujourd’hui, le coût très faible du transport international par porte-conteneur et la libéralisation des échanges internationaux permettent aux entreprises globales de choisir de s’implanter n’importe où leurs investissements seront les plus rentables.

C’est assez facile à comprendre : plus un territoire garde d’emplois « nomades », plus il pourra exporter, plus sa richesse augmentera. Si les emplois « nomades » sont déplacés ailleurs, il faudra alors importer les biens nomades et il y aura plus de chômage. Or, les emplois « nomades » sont ceux qui permettent d’obtenir les revenus les plus élevés.

Ainsi l’auteur, avec le peu de statistiques dont il dispose à ce sujet, nous montre que depuis les dernières années du XX° siècle, les emplois nomades ont beaucoup diminué en France passant de 25 % en 1990 à 15 % en 2010 par rapport à la totalité des emplois. Ne serait-ce pas, non pas « la » raison, mais « une » des raisons et du chômage massif et de l’endettement ? En Allemagne ils ont aussi diminué mais restent plus nombreux qu’en France : de 32% à 19 %. Par contre un pays comme la Chine a vu une forte augmentation de ces emplois qui avec 20 % du total sont proportionnellement plus nombreux qu’en Allemagne. Les pays émergents ont vu leurs emplois nomades augmenter tandis que les pays riches que P.N. Giraud appellent les pays « rattrapés » en perdaient.

P.N.Giraud constate aussi que les biens et services nomades produisent une valeur (ce qu’on appelle la valeur ajoutée, V.A.) qui a tendance à augmenter par rapport aux biens et services sédentaires. Les inégalités s’accroissent entre le secteur nomade et le secteur sédentaire. Dans nos pays, les nomades sont de moins en moins nombreux mais de plus en plus riches par rapport aux sédentaires. Et si diminue le nombre d’emplois nomades et qu’en même temps les consommateurs marquent une préférence pour les biens et services nomades, les emplois sédentaires diminueront aussi. Et la trappe du chômage se refermera sur tous ceux qui ne rencontrent pas d’offres d’emplois parce que les entreprises globales ont investi ailleurs et mis au chômage ou pas embauché des nomades tandis que les emplois sédentaires stagnent ou diminuent faute de demande suffisante de ces biens et services !

Arrêtons-là sous peine de lasser !

Il est temps d’en venir aux préconisations, mais, pardonnez-moi, on ne pouvait éviter de passer par ces notions pour comprendre le chemin, - le long chemin semé d’embûches ! - que l’auteur propose d’emprunter pour atteindre cet objectif : que toutes les femmes et tous les hommes aient une place reconnue dans la société où ils vivent !

L’utopie n’est pas loin n’est-ce pas ? Rendons hommage à P.N. Giraud : il nous invite ainsi à ne pas nous résigner, ne pas prendre notre parti d’un monde où des millions et millions d’êtres humains ne « valent rien » faute d’être utile aux yeux des autres et à leurs propres yeux. Et pourtant affirme-t-on…

…« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits »…Vous connaissez !

Henricles. 5 Novembre 2015.

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