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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

L'homme inutile. I

C’est le titre d’un livre de Pierre-Noël Giraud, professeur d’économie à l’Ecole des Mines de Paris et à l’Université Dauphine. (L’homme inutile. Éditions Odile Jacob. Paris. Septembre 2015)

Je ne vous invite pas forcément ici à lire ce livre sauf si vous êtes à la fois féru de science économique, que les Schumpeter et autres Pareto n’ont pas de secret pour vous et si en même temps vous êtes prêt à passer des heures d’une lecture plutôt ardue et austère.

P.N. Giraud y passe en revue le monde contemporain depuis au moins le XIX siècle, et s’attarde particulièrement sur le monde d’aujourd’hui. Son érudition est impressionnante. A le lire on se dit que certains étudiants ont de la chance d’avoir de tels professeurs, parce que de plus il sait simplifier et s’exprimer sans le jargon qui obscurcit souvent des ouvrages de ce type.

L’Homme inutile ? Titre provocateur ou innovateur ? En exergue du livre cette citation de Descartes : « c’est proprement ne valoir rien que de n’être utile à personne ».

Innovateur ? Oui, et c’est de cela que je viens m’entretenir avec vous.

Vous le savez, depuis la crise de 2007 / 2008, la plupart des dirigeants, économistes, femmes et hommes politiques, ne cessent de déplorer que l’économie de nos pays ne soit plus en croissance, cette bonne fée « croissance » qui à 5%, 6% ou plus chaque année nous garantissait, dit-on, pendant les fameuses Trente Glorieuses, une prospérité sans chômage massif et avec augmentation du pouvoir d’achat !

Il y a bien quelques écologistes ou militants de la décroissance, très peu nombreux et traités d’irresponsables par tous les autres, qui pensent que la « croissance » serait plus nuisible que favorable et qui prônent – comme d’ailleurs, le pape François dans son encyclique, - une sobriété heureuse.

Pour la grande majorité, on ne vaincra le chômage massif et la grande pauvreté que si on retrouve la bonne fée « croissance ». C’est pour cela que l’ex-président Sarkozy n’avait pas craint de se ridiculiser et avait proféré cette bêtise : « la croissance, on ira la chercher avec les dents » ! C’est pour cela que le président actuel, le socialiste, le disciple de Jaurès, s’est mué en meilleur ami du régime cruel, dictatorial, abominablement oppresseur des femmes, l’Arabie saoudite, pour lui vendre des avions et des armes diverses, de façon à relancer la croissance ! Foi de socialiste, de républicain, de démocrate, de président de la patrie des Droits de l’homme, au nom de la trop célèbre « raison d’État », moi président, je suis prêt à m’entendre avec le diable lui-même si cela permet de retrouver un peu de CROISSANCE !

La croissance, nouveau Graal ? On la scrute mois après mois, on suppute des pourcentages de 0, 4 % ou de 1,1%. Les « bourses de valeurs » voient leurs indices fluctuer en fonction des prévisions ou résultats de « Croissance » !

Or, que nous dit P.N. Giraud dans son ouvrage dont le sous-titre est « du bon usage de l’économie » ?

Il ose écrire ceci dans son commentaire du livre de Thomas Piketty : « L’exigence « excessive » du capital…engendre des crises économiques et un ralentissement de la croissance : la norme est dans ce cas la croissance, norme qu’adopte Piketty et que nous récusons. (Livre cité page 318).

P.N. Giraud ose donc affirmer, vous avez bien lu, que, pour lui, « dans le bon usage de l’économie », la norme n’est pas la recherche de la croissance. Il récuse cette norme !

Quelle est la norme selon notre auteur ? Et c’est là qu’il est innovateur, original.

L’objectif selon P.N. Giraud, est tout bonnement de mettre fin à la multiplication calamiteuse dans le monde, aussi bien dans le monde riche que chez les autres, de ce qu’il appelle « les hommes inutiles ».

Les hommes inutiles, sont ces immenses cortèges d’hommes et de femmes, de plus en plus nombreux à chercher en vain une place dans notre société globalisée. Faute d’offrir les compétences ou qualifications que réclament les entreprises et institutions de nos sociétés ils vont de petits boulots en chômage, allocations, emplois précaires, et ne réussissent pas à obtenir une place reconnue. Chômeurs ou au RSA, « working poors » ou stagiaires, ils sont tombés dans la nasse du chômage et de la précarité, parce que le monde économique les rejette comme « inutiles ». Ils sont de plus en plus nombreux.

Mais selon P.N. Giraud, « hommes inutiles » également sont ces millions de femmes et d’hommes, qui dans les pays du Sud s’agglutinent dans les bidonvilles, favelas ou slums du pourtour des mégalopoles du Sud : Ils y survivent de petits boulots au noir, trafics divers, mendicité, charités d’ONG, allocations chichement versées, quand il y en a, par des pouvoirs publics qui n’ont que de maigres budgets !

Citons ici notre auteur : « Les hommes inutiles ne sont pas même surexploités, ils sont simplement inemployés ou très mal. Sur les marchés du travail, leur force de travail ne vaut rien ou pas assez pour qu’ils puissent en vivre décemment. Les « damnés de la terre » étaient aux XIX° et XX° siècles les colonisés et les surexploités ; au XXI° siècle, ce sont les « hommes inutiles »… Quand on « tombe » dans l’inutilité, on a une très grande probabilité d’y rester et de gâcher ainsi sa vie. »

Et notre auteur précise bien sûr, « Personne n’est inutile en soi, mais chacun peut le devenir aux yeux des autres ou à ses propres yeux, en raison du sort qui lui est fait dans une société donnée »

L’objectif de P.N. Giraud, est énoncé ainsi : « Que voulons-nous ? Des sociétés où tous les hommes seraient « utiles » et auraient donc une « valeur » pour eux-mêmes et pour les autres. » Cet objectif oriente tout son raisonnement.

Vous allez objecter, je le devine : sans croissance, il est illusoire d’en finir avec le chômage de masse. Donc, en finir avec les « hommes inutiles » passe d’abord par la recherche de la croissance !

Eh bien non, pas du tout ! P.N. Giraud ne se pose pas la question de savoir quelles seraient les politiques économiques propres à retrouver la croissance. Il aborde le problème des « hommes inutiles » tout à fait différemment. Il introduit une notion fondamentale, pour comprendre le monde et les trappes qui les enferment, la notion d’emplois « nomades » et emplois « sédentaires », de produits, biens ou services, « nomades » et « sédentaires ». Nous le développerons dans le prochain article, mais on peut déjà dire ceci : les emplois « nomades » sont ceux qui peuvent être situés dans n’importe quel endroit de la planète et qui sont recherchés en priorité par les grandes entreprises. Les emplois « sédentaires » sont ceux qu’on ne peut aisèment « délocaliser ». Les biens et services « nomades » peuvent être produits dans n’importe quel lieu du monde et ensuite exportés ou assemblés ailleurs tandis que les biens et services sédentaires correspondent à ce qui ne peut être « délocalisé ».

Dans notre prochain article nous nous efforcerons de présenter les préconisations de l’auteur pour en finir avec les « hommes inutiles », notamment à partir de cette notion d’emplois « nomades et sédentaires.

Henricles 1 ° novembre 2015

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M.F.Schmid 01/11/2015 12:21

Votre article, cher Henriclès, me plonge dans une gêne immense...Il y a en effet beaucoup trop d'hommes et de femmes sur cette planète. La solution pour moi serait de développer le contrôle des naissances par une information NON DENUEE DE CHALEUR HUMAINE (pas du tout comme ont procédé les chinois).

Pourquoi parlez-vous toujours à la 1ière personne du pluriel? Dire "JE" n'a rien de dangereux!

Amicalement!
PS. Je reviens du musée des Convergences (Lyon) et ai été très impressionnée par la salle "Eternités".

henricles 01/11/2015 21:50

Pareler à la première personne du singulier ? Pour quoi non ?
Chère Marie-Françoise, pour une fois je diverge de vous radicalement. Le "contrôle des naissances" en dehors des horreurs chinoises, est décidée naturellement et simplement par les femmes ! Seule l'Afrique aujourd'hui et une faible part du Moyen Orient connaît une fécondité encore très forte. Mais partout ailleurs la fécondité a baissé et fortement. Les démographes savent qu'elle va baisser aussi en Afrique à mesure que ce continent sortira du plus grave sous-développement. des femmes plus instruites et plus prospères, décideront là comme elles l'ont décidé ailleurs, de limiter le nombre de leurs enfants. Les démographes savant déjà qu'à partir de l'an 2100, sous l'effet de la baisse de la fécondité PARTOUT, la population mondiale baissera.
Le problème est donc de trouver des solutions pour que nulle part les hommes ne soient considérés comme "inutiles" . Nous en parlerons dans le prochain article ! non, pardon, J'en parlerai dans le ...!
Merci en tous cas de votre réaction. je valide votre commentaire de façon qu'il puisse être lu par tous les lecteurs du blog : votre opinion mérite d'être publiée !