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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

Demain l'humanité. II

  1. Les égarements et dérives de l’illusion technologique.

Le pape François et Geneviève Azam dénoncent la démesure qui fut et demeure celle de l’espèce humaine. Les hommes, forts de ce qu’ils pensent être leur toute-puissance, se prennent pour les maîtres absolus de la biosphère et s’imaginent pouvoir en user, abuser et aussi transformer biosphère et êtres vivants, y compris eux-mêmes, comme ils l’entendent !

Citons le pape François : « L’anthropocentrisme moderne, paradoxalement, a fini par mettre la raison technique au-dessus de la réalité… Dans la modernité il y a eu une grande démesure anthropocentrique qui, sous d’autres formes, continue aujourd’hui à nuire à toute référence commune et à toute tentative pour renforcer les liens sociaux. …(il faut)…prêter attention à la réalité avec les limites qu’elle impose, et qui offrent à leur tour la possibilité d’un développement humain et social plus sain et plus fécond ». (Ouvr. cité. page 94 / 95).

Quant à Geneviève Azam, la dénonciation du désir de toute-puissance des hommes est à l’origine de son livre. « Le monde présent est désorienté car la croyance en la toute-puissance humaine se retourne manifestement en conscience d’un assujettissement à des contraintes non maîtrisées et pour partie non maîtrisables. La civilisation occidentale qui s’était représentée comme la civilisation du « progrès », capable de dominer et maîtriser la nature et d’assurer la souveraineté de sujets humains tout puissants, vacille. » (op cit page 23) et plus loin : « l’illusion d’un avenir lumineux, transparent et parfaitement maîtrisé s’est dissipée, laissant place à un fatalisme grandissant, que la raison toute-puissante entendait conjurer. »

Les deux auteurs, dénoncent vivement les illusions de ce qu’on pourrait appeler « le salut par la technologie », ce que le pape appelle le « paradigme technocratique ».

Geneviève Azam : selon certains, « l’œuvre libératrice d’artificialisation du monde et des humains pourrait se poursuivre à l’infini, s’accélérer, se radicaliser. Nous serions enfin délivrés des bornes et des récits qui empêchent d’affronter des défis inédits, en particulier ceux du changement climatique et de l’effondrement de la biodiversité. Dès lors que les techniques seraient disponibles, rien ne pourrait rationnellement s’opposer à la commande et au contrôle de la planète par la géo-ingénierie pour sauver le climat, à la fusion des machines et des organismes vivants par la bio-ingénierie pour « sauver la biodiversité et le vivant », à l’augmentation de l’humanité pour en assurer la survie. » (Geneviève AZam. ouvr.cité page 19).

Le pape François : « Aujourd’hui le paradigme technocratique est devenu tellement dominant qu’il est très difficile de faire abstraction de ses ressources, et il est encore plus difficile de les utiliser sans être dominé par leur logique…la technique a un penchant pour chercher à tout englober dans sa logique de fer, et l’homme qui possède la technique (là le pape ensuite cite Romano Guardini) « sait que, en dernière analyse, ce qui est en jeu dans la technique, c’est la domination, une domination au sens le plus extrême de ce terme». Et le pape continue : « le paradigme technocratique tend aussi à exercer son emprise sur l’économie et la politique. L’économie assume tout le développement technologique en fonction du profit, sans prêter attention à d’éventuelles conséquences négatives pour l’être humain. » (ouvr.cité page 89).

Il y a dans la Silicon Valley, comme ailleurs, des centaines de chercheurs, particulièrement dans les célèbres GAFA (Google ; Apple, Facebook, Amazon) plus IBM, Microsoft et d’autres, pas seulement aux États-Unis, qui appartiennent au courant « transhumaniste ». Corine Lesnes, dans Le Monde du 12 02 2015, nous les a présentés : « S’il fallait résumer la philosophie transhumaniste d’une idée, la plus extrême mais aussi la plus saisissante, ce serait celle-ci : un jour, l’homme ne sera plus un mammifère. Il se libérera de son corps, ne fera plus qu’un avec l’ordinateur et, grâce à l’intelligence artificielle, accédera à l’immortalité. Science-fiction ? Pas si simple. Dans la Silicon Valley, l’idée de « l’homme augmenté » n’effraye personne ». C’est celui que Geneviève Azam appelle le « cyborg », ce mixte de machine et d’homme que les spécialistes de l’intelligence artificielle préparent dans leur laboratoire. « Les nombreux courants traversant le paradigme cybernétique ont en commun d’exclure la séparation entre humains et machines, ils effacent la frontière entre vivants et non-vivants. Les machines intelligentes deviennent membres à part entière de l’organisation sociale. » (Geneviève Azam. Ouvr.cité page 119). Et plus loin elle ajoute : « Le progrès érigé en norme sociale et loi historique, dont les conséquences désastreuses dans l’histoire récente du XX° siècle ont été anticipées par Walter Benjamin et Hannah Arendt, est remplacé par la perfectibilité biotechnique. »

Geneviève Azam cite également ces féministes qui « accueillent avec enthousiasme les promesses d’une société cyborg, faite d’individus fabriqués, qui n’auraient pas à naître et (les femmes) seraient de surcroît libérées de toutes les identités pesantes… espoir de la fin de la domination masculine et…chance de se libérer de leur assignation à la maternité et in fine à leur part biologique…L’horreur de la naissance accompagne le refus biologique. Elle est aussi l’horreur de la dimension naturelle de l’existence humaine » ( G. A. ouvr. Cité page 134 / 135).

Geneviève Azam rappelle alors, à la suite de Hannah Arendt, ce qu’est véritablement la naissance : « loin de se limiter au simple renouvellement des générations et au processus cyclique de la reproduction biologique de la vie …la naissance fait que chaque être humain est inaugural. La naissance est une attente, un prélude, une ouverture du temps, une promesse de renouvellement du monde et de la pluralité des expériences.

N’est-ce pas précisément la nouveauté, la fragilité et l’imprévisibilité de cet événement qui sont insupportables au regard de la rationalisation instrumentale du monde ? Remplacer la naissance par la fabrication est peut-être bien une manifestation désespérée et ultime d’une volonté de puissance affolée, d’une peur de ce qui échappe. » (G.A. ouvr. Cité page 130)

Sans aborder le détail de ces questions, le pape François, plus généralement, nous invite à remettre en question les fondements philosophiques qui expliquent ces dérives effrayantes : « le problème fondamental est autre, encore plus profond : la manière dont l’humanité a, de fait, assumé la technologie et son développement avec un paradigme homogène et unidimensionnel. Une conception du sujet y est mise en relief qui, progressivement, dans le processus logique et rationnel, embrasse ainsi et possède l’objet qui se trouve à l’extérieur…Méthode scientifique avec son expérimentation qui est déjà explicitement une technique de possession, de domination, de transformation. C’est comme si le sujet se trouvait devant quelque chose d’informe, totalement disponible pour sa manipulation. (Ouvr. Cité page 87).

  1. Des promesses d’humanité.

Renoncer à la toute-puissance. Accepter la fragilité, notre fragilité. Reconnaître la distinction entre la nature et l’espèce humaine. « Reconnaître notre fragilité pour en faire un point d’appui revient à admettre une autonomie de la nature, une extériorité, une étrangeté non maîtrisables….les choses et espèces vivantes, celles qui existent en dehors de l’ingéniosité humaine, qui n’ont pas été créées mais seulement transformées, sont un don dont nous héritons, quelles qu’en soient finalement l’origine et les connaissances et représentations qui tentent d’en rendre compte…un don qui nous engage ». (G.A. ouvr. Cité page 217).

A ce passage fait écho le Pape François pour qui, bien sûr, la nature est création et création voulue par Dieu, dans un acte d’Amour, est don de Dieu.

« Par la parole du Seigneur les cieux ont été faits (Psaume 33, 6). Il nous est ainsi indiqué que le monde est issu d’une décision…L’amour de Dieu est la raison fondamentale de toute la création…si nous reconnaissons la valeur et la fragilité de la nature…cela nous permet d’en finir une fois pour toutes avec le mythe moderne du progrès matériel sans limite. Un monde fragile, avec un être humain à qui Dieu en confie le soin, interpelle notre intelligence pour reconnaître comment nous devons orienter, cultiver et limiter notre pouvoir » (Pape François. Ouvr.cité page 66 / 67).

L’économiste – qui, elle ne reconnaît pas « le Dieu donateur de la nature » est rejointe ici par un pape qui ne l’a probablement jamais lue et ignore très probablement jusqu’à son nom !

Les deux auteurs condamnent sévèrement ces dérives, cette toute-puissance orientées actuellement par un capitalisme financier qui n’a de but que le profit maximum au service d’une petite oligarchie riche tandis que la majorité des hommes sont pauvres et subissent pleinement les conséquences de ce type de développement qui finalement déshumanise peu-à peu l’espèce humaine pendant qu’il détruit bien des autres. L’économiste n’est pas plus sévère que le Pape à propos des oligarchies financières responsables

Mais les deux auteurs lisent dans bien des initiatives, des expériences, des innovations sociales, des revendications et protestations, les signes nombreux et heureux, l’espoir d’une nouvelle ère dans l’histoire des hommes, une ère où l’humanité peu-à-peu assumerait ses limites et commencerait alors à se réconcilier avec elle-même, avec son être le plus profond et du même mouvement avec la nature, l’ensemble des êtres vivants.

François : « la créativité et la générosité sont admirables de la part de personnes comme de groupes qui sont capables de transcender les limites de l’environnement, en modifiant les effets négatifs des conditionnements et en apprenant à orienter leur vie au milieu du désordre et de la précarité » (Ouvr.cité page 119). Ailleurs le pape affirme : « Cependant tout n’est pas perdu, parce que les êtres humains, capables de se dégrader à l’extrême, peuvent aussi se surmonter, opter de nouveau pour le bien et se régénérer, au-delà de tous les conditionnements mentaux et sociaux qu’on leur impose. Ils sont capables de se regarder eux-mêmes avec honnêteté, de révéler au grand jour leur propre dégoût et d’initier de nouveaux chemins vers la vraie liberté » (Ouvr.cité page 161).

Quant à Geneviève Azam, dans sa conclusion elle montre combien les citoyens sont nombreux à résister à la toute-puissance inhumaine qu’on veut leur imposer et à chercher d’autres voies.

« Le refus de la puissance, la résistance à la volonté de domination, sous toutes ses formes, sont devenus des actes quotidiens, individuels et collectifs… Elles révèlent des sujets humains concrets, capables d’empathie, assumant dirait Hannah Arendt, un « dévouement » pour le monde dans lequel ils sont nés, dévouement entendu sans connotation oblative ou sacrificielle. Des humains décidés à ne pas accepter le destin cyborg qui leur est promis et qui témoignent que l’expérience du monde, de la réalité, ne peut ni se fabriquer, ni être achetée, et encore moins être « communiquée » ou transplantée à l’aide de puces « intelligentes »….Ils sont engagés dans des résistances et des vies assumant la fragilité des êtres, des espèces vivantes et de la Terre, et inaugurent la possibilité d’un monde commun, ayant apprivoisé les limites qui le rendent possible et désirable. Ce souci des limites inspire des pratiques non violentes, souvent très ingénieuses. Elles tirent leur force de leur capacité de rassemblement et non de l’usage brutal des techniques de leurs adversaires. Elles acquièrent leur légitimité en assumant concrètement que l’objectif visé est contenu dans les moyens mis en œuvre pour l’atteindre » (G.A. ouvr.cité page 212).

Et Géneviève Azam conclut son livre ainsi : « ce livre est traversé à la fois par l’accablement devant le déchirement du monde et le réconfort de milliers d’utopies concrètes qui font face aux catastrophes en cours. Oser rester humain signifie…s’opposer aux biopouvoirs et géo-pouvoirs qui entendent supprimer la nature pour nous délivrer de notre fragilité et des limites qui nous fondent ».

Henricles. 24 septembre 2015

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