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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

Demain l'humanité I

  1. Les impasses du développement illimité

Hannah Arendt distingue « l’homo laborans » et « l’homo faber ». (Condition de l’homme moderne. Agora. Pocket. Juin 1994. Texte de 1958) Le premier est celui qui « travaille », au sens « prend de la peine », pour produire les biens nécessaires à sa subsistance. Il s’insère pleinement dans le cycle du cosmos, de la nature. Il obéit aux lois de la nature, des saisons, et son travail est un recommencement cyclique. En tant qu’individu il a certes un commencement – sa naissance- et une fin – sa mort- mais collectivement la fin des uns s’accompagne du commencement d’autres et le « travail » de la production des subsistances de même que le « travail » de la femme qui met au monde prend place dans le cycle de la nature. L’homme prend, transforme, absorbe pour se nourrir ou se vêtir mais ensuite tout retourne à la terre et le travail recommence…La femme met au monde un enfant qui vivra, mourra mais un autre enfant naîtra, vivra et ainsi de suite.

Tout autre est l’homo faber. Celui-ci arrache à la nature une chose –matière première – et la transforme en un objet durable dont il va faire usage. Ainsi il tue un arbre pour lui prendre du bois et le transformer en chaise. Il ne s’agit plus de s’insérer dans le cycle d’une nature dont on suit les rythmes. On prend les choses de la nature, violemment, pour s’en servir comme moyens.

Et Hannah Arendt, avec une prémonition impressionnante, écrit alors « si on laisse les normes de « l’homo faber » gouverner le monde… « L’homo faber » se servira un jour de tout et considérera tout ce qui existe comme un simple moyen à son usage…on ne comprendra plus le vent tel qu’il est comme une force naturelle, on le considérera exclusivement par rapport aux besoins humains de fraîcheur ou de chaleur, ce qui signifie que le vent en tant que chose objectivement donnée aura été éliminé de l’expérience humaine. » Des anthropologues ou sociologues montrent, par exemple, comment le rapport aux animaux d’élevage a changé complètement avec l’élevage industriel. L’homo laborans – le paysan- avait un rapport personnel avec ses bêtes, il les connaissait, était soucieux de leur bien-être. Claudine Fabre-Vassas montre bien quels étaient dans les fermes d’antan, les liens étroits entre le « cochon » et les habitants de la ferme. C’était une cohabitation entre des êtres vivants familiers. Le porc a toujours vécu dans l’intimité des hommes. (Voir son livre La bête singulière. Gallimard 1994). Aujourd’hui, le cochon des élevages industriels, n’est plus qu’un « moyen » pour produire de la viande le plus vite possible et au meilleur prix, aussi est-il traité exactement comme est traitée n’importe quelle matière première sans plus du tout de considération pour un quelconque « bien-être » de l’animal, comme si cette matière première n’avait ni émotion ni souffrance ni besoin propre.

Les normes de « l’homo faber » se sont imposées

Comme l’écrit le pape François dans l’encyclique « Loué sois-tu », « l’intervention humaine sur la nature s’est toujours vérifiée…mais il s’agissait de recevoir ce que la réalité naturelle permet de soi, comme en tendant la main. Maintenant, en revanche, ce qui intéresse c’est d’extraire tout ce qui est possible des choses par l’imposition de la main de l’être humain, qui tend à ignorer ou à oublier la réalité même de ce qu’il a devant lui. » (Encyclique Loué sois-tu. Page 87 Editions Bayard).

Or, « homo faber » est aujourd’hui dans l’impasse : la civilisation industrielle a atteint ses limites et de toute part l’homme se heurte à la finitude d’une biosphère (« la planète » a-t-on coutume de dire pour simplifier) qu’il a dangereusement dégradée et qui ne peut plus lui fournir les ressources propres à satisfaire ses besoins insatiables. Le pape François, dans son langage religieux, le rappelle clairement ; selon lui la crise écologique que nous vivons est grave : « cette sœur – la terre – crie en raison des dégâts que nous lui causons. …La violence qu’il y a dans le cœur humain blessé par le péché se manifeste aussi à travers les symptômes que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et les êtres vivants. C’est pourquoi parmi les plus pauvres, les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre terre opprimée et dévastée. » (ouvr.cité page 9)

Le pape François est rejoint dans nombre de ses analyses par une économiste qui se trouve probablement assez loin des pratiques et croyances de la foi catholique. Elle a publié un livre qui dit en grande partie et à sa façon ce que dit le pape François. Elle insiste sur la gravité des impasses du type de développement et appelle, comme le pape, à un changement radical et profond de nos comportements envers la nature et la biosphère. Il s’agit de Geneviève Azam et du livre « Osons rester humain. Les impasses de la toute-puissance. »

(Éditions les liens qui libèrent. Avril 2015).

Geneviève Azam dès les premières pages dénonce la crise écologique : «…la catastrophe écologique s’approfondit jusqu’à produire de l’irréversible. Elle est le symptôme de la crise de civilisation qui a réduit l’histoire humaine à un processus d’expansion par la transformation et l’accaparement de la nature. Histoire désormais radicalement perturbée par le choc des limites matérielles à la croissance illimitée ».( Geneviève Azam. Ouvr. Cité. Page 12)

Henricles 24 septembre 2015

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Commenter cet article

henricles 11/10/2015 18:01

Bravo Marie-Françoise !

M.F.Schmid 11/10/2015 17:13

Venant de terminer avec admiration* la lecture de l'encyclique "Loué sois-tu", j'ai trouvé que le meilleur résumé en est la formule "moins est plus"...
* un seul regret: le problème du contrôle des naissances n'est pas traité!