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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

Fuir du Brésil ?

« Oh ! amigo, pode me falar um pouco do lado bom do Brasil ? »

“Oh, ami, peux-tu me parler un peu du côté bon du Brésil » ?

La réponse fuse aussitôt, sympathique pour nous, avec un brin d’humour certes, mais tout de même : « O lado bom do Brasil ? Os turistas estrangeiros ». « Le côté bon du Brésil ? Les touristes étrangers »

Nous sommes chez des amis à São Paulo, sur la terrasse de leur appartement du 17 ° étage. Nous buvons une bière en attendant l’heure des grillades, du « churrasco » que nous allons déguster tous ensemble sur cette terrasse d’un immeuble de la zone nord de São Paulo. Nos amis sont un couple de Brésiliens que nous connaissons depuis longtemps et aimons beaucoup. Nous serons rejoints tout à l’heure par une autre « pauliste » amie commune depuis longtemps également. Nous les avions reçus ensemble ou séparément chez nous à Marseille il y a plus de 10 ans et ensuite plus récemment à Saint Étienne. Il y a aussi notre grande amie R. venue spécialement de son Sud natal, en avion, pour passer le week-end avec nous.

Et depuis un moment, ces Brésiliens ne cessent de nous débiter tout le mal qu’ils pensent de leur pays. Impressionnant. En premier lieu la corruption de la classe politique, de toute la classe politique et de tous les dirigeants de ce pays. Eux-mêmes, sont, disent-ils, écrasés d’impôts et charges diverses et ces ressources sont gaspillées : elles vont dans la poche des partis politiques ou des dirigeants tandis que les services publics, santé, éducation, sécurité sont abandonnés et lamentables. L’insécurité est, selon eux, de pire en pire et sortir de son immeuble bien gardé c’est courir le risque d’être attaqué ! Les uns et les autres ne voient aucun espoir pour le futur immédiat et lointain de leur pays. Les amis qui nous reçoivent ont un enfant de 9 ans et pensent déjà à préparer sa vie professionnelle à l’étranger, si possible en Europe ! Aucun doute ne les effleure : le parti au pouvoir et la présidente Dilma, récemment réélue, sont acteurs et responsables de cette corruption massive ! Bref !

Les malheurs du Brésil, qui, selon eux, s’aggravent, viennent de cette corruption généralisée des dirigeants. Ils sont dégoutés de leur pays !

Ils sont trois, avec leur enfant de 9 ans. Ils habitent depuis peu un appartement de 140 m² bien aménagé avec une terrasse très large, une vue dégagée vers les montagnes du nord. Leur immeuble, de construction récente, est bien gardé. Il y a un réservoir de plusieurs milliers de mètres cubes qui recueille les eaux de pluie! Et nous avons été impressionnés du nombre d’installations collectives dont disposent les résidents de cet immeuble, prestations inclues dans les charges mensuelles qu’ils payent. Lisez un peu : une très grande piscine, chauffée l’hiver si besoin est ; une aire couverte pour jouer au foot ou au volley-ball ; un atelier pour peindre ou dessiner ; une pièce de jeux d’enfants pour les tout petits ; une salle de gymnastique et musculation avec les appareils adéquats ; deux places de voiture pour chaque appartement dans un garage couvert et gardé ; une pièce aménagée pour les soins à donner aux animaux de compagnie, chiens ou chats (sic !) ; un grand local à bicyclette ; un salon de beauté où chacun peut faire venir son esthéticienne qui y trouve les installations nécessaires et, enfin, un peu en contrebas un petit jardin arboré avec quelques arbres fruitiers auquel seuls les habitants de la résidence ont accès.

Non, nos amis ne sont pas des « riches », loin de là. Lui travaille beaucoup comme commercial, elle, a travaillé depuis l’âge de 14 ans et touche une retraite peu élevée. Ce sont des amis simples, modestes, ni snobs, ni marqués par une ambition effrénée. Ils ont toujours aidé les membres de leurs familles en difficulté et aujourd’hui la maman de notre ami loge chez eux. Heureusement belle-mère et belle-fille s’entendent à merveille ! De mauvais esprits pourraient, méchamment, les qualifier de « petits bourgeois » mais il n’empêche, ces gens travaillent sérieusement, sont honnêtes, sympathiques, serviables, généreux avec leur famille lorsque telle ou tel se trouve en difficulté : Ils font partie de ces citoyens qui font qu’une société ne tombe pas dans l’anarchie et qu’une économie se maintient !

Auraient-ils raison lorsqu’ils sont si critiques envers leur pays ?

En une semaine à São Paulo, en allant dans de nombreux quartiers du centre et l’un ou l’autre de la zone nord ou la zone sud, j’ai eu l’impression suivante : São Paulo a l’air d’une « poubelle » tellement il y a partout y compris dans les rues du centre historique, des poubelles qui débordent et des sacs éventrés d’où se répandent déchets et saletés ! Les mendiants misérables qui dorment dehors sous des ponts, des viaducs ou simplement sur un trottoir ou sous un arbre sur une place, se comptent par centaines ! Je n’ai pas réussi en 8 jours à me trouver dans un quartier où il n’y en avait pas. Les vendeurs de rues qui offrent pour un prix dérisoire des milliers de choses diverses, sont 10 ou 20 fois ou peut-être 100 fois plus nombreux que chez nous et je me demandais comment ces pauvres gens pouvaient survivre avec la vente de quelques babioles ou bouteilles d’eau minérale alors qu’ils sont des milliers à se faire concurrence !

Trottoirs défoncés, cassés, devantures barricadées de portails métalliques rouillés ou non surmontés de fils de fer barbelés, murs non crépis ou tachés de longues plaques de moisi, logements en briques jamais crépies où les fers à béton dépassent du mur, et partout, vraiment partout, des aires de stationnement de bagnoles ou des stations-services. La ville en son centre comme ailleurs, est parcourue par des dizaines de passerelles « autoroutes » sur leurs énormes piliers de béton et le gris, le béton sale, le vieillot dominent le paysage de cet immense agglomération de près de 20 millions d’habitants !

Cela dit, nous-mêmes, avons circulé dans de nombreux quartiers dits « dangereux », de jour et de nuit, à pied ou en métro et n’avons jamais éprouvé le moindre sentiment d’insécurité. Mais nos amis disent qu’eux ne vont jamais là où nous sommes allés, c’est trop risqué !

Nos amis auraient-ils raison de désespérer de leur pays et vouloir le fuir et y vivre reclus dans leurs immeubles si confortables ou leurs voitures cadenassées ?

Comment répondre à ce qui, de leur part, est déception et même humiliation de constater que ce pays, le leur, n’arrive pas à résoudre ses difficultés et soit encore un pays que le « politiquement correct » ne m’autorise pas à dire « sous-développé » ?…Et pourtant…

Non, il y a au Brésil, malgré ce qu’ils nous disent, de nombreux côtés agréables, remarquables. Et au-delà, des signes de réussite incontestable. Ce peuple brésilien, je l’ai souvent écrit, a une capacité exceptionnelle à savoir bien vivre, à prendre avec joie et dans la fête, ce que la vie peut offrir de meilleur et à s’adapter sans désespoir, sans hargne ni pessimisme à ce qu’elle a de dur, parfois même difficilement supportable. Et je peux encore écrire : Vive le Brésil !

Mais je serai toujours étonné d’une chose. Mes amis des classes moyennes, qui ont voiture, logement confortable, qui partent en vacances en avion sur les plages du Nordeste, payent une ou plusieurs fois par semaine une employée de maison, ont voyagé au moins une fois en Europe, attribuent les difficultés énormes de leur pays uniquement à la corruption massive des politiciens qui volent le peuple et laissent les services publics en déshérence !

Mais il ne leur vient jamais à l’idée que leur niveau de vie, au moins aussi élevé que le nôtre sinon plus, est une des causes principales du sous-développement de leur pays, de la grande misère, de la délinquance et de l’insécurité. Ils font partie de ces plus de 42 millions de Brésiliens qui en 2010 gagnaient plus de 6200 reais par mois soit environ plus de 2200 € tandis que 48 millions en-bas devaient se contenter d’un revenu inférieur à 1200 reais soit inférieur à 400 € ! Il y a une forte minorité qui vit avec le niveau de vie des citoyens européens ou plus, voire beaucoup plus et une majorité qui vit soit dans la misère, soit dans une grande pauvreté.

Or, lorsqu’une minorité accapare une trop forte proportion de la richesse nationale tandis que la majorité est condamnée à la pauvreté ou la misère, cette minorité est bien collectivement responsable de fait des difficultés qu’elle dénonce et dont elle se plaint.

L’explication par la « corruption » des dirigeants est un peu courte. Il est facile de rejeter la faute sur les autres, de se barricader dans son immeuble gardé et surtout dans ses certitudes.

On se retrouve ici à une plus grande échelle, un peu comme en France lorsque beaucoup se plaignent des impôts, des taxes, de la stagnation de leur salaire, réclament toujours plus, en ne regardant que ceux qui, au-dessus d’eux sont plus riches, sans jamais tourner les yeux vers l’immense masse de ceux qui sont moins dotés qu’eux.

La faute est celle des politiciens ! Facile, même si c’est partiellement vrai et cela permet de réclamer toujours plus pour…soi.

Fuir le Brésil ?

Nombreux sont les Brésiliens qui venus en Europe, se mettent vite à éprouver la nostalgie de cet art de vivre brésilien qui continue à nous séduire même si la déception est réelle de constater que oui, le Brésil malgré sa puissance, « émergente », comme on dit, demeure un pays « sous-développé », du Tiers monde !

Henricles 14 février 2015

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