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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

A propos du livre de Mathieu Pigasse

Éloge de l’anormalité

(Plon Mars 2014)

Un brûlot anti-Hollande… mais pas seulement

Mathieu Pigasse est patron de presse. Patron du magazine Les Inrockuptibles, il est aussi un des actionnaires du journal Le Monde. Mathieu Pigasse est banquier. Et non des moindres : Directeur général de Lazard-France un des fleurons des banques qu’on appelait autrefois banques d’affaires.

Un brûlot déjà par son titre qui tacle notre président qui se voulait « normal ». Mais si Hollande et les siens, les dirigeants actuels, sont très durement traités (trop ?), les autres politiciens qui gouvernaient avant eux ne sont pas non plus épargnés ! Tous les retards, les échecs, les défauts de notre France actuelle leur sont imputés et selon notre patron de presse, ces politiciens ne sont que des amateurs, des médiocres à courte vue et manquent de courage.

Mathieu Pigasse a beaucoup d’idées et les exprime avec verve, dans un style plutôt polémique. Manifestement – et a-t ’il tort ? – il veut secouer le cocotier d’une France endormie, d’une démocratie en péril, à cause de politiciens qui n’osent pas lui appliquer les recettes propres à enrayer le déclassement du pays et la montée dangereuse des extrêmes.

Citons au hasard quelques-unes de ces idées qu’Henricles a rencontrées avec plaisir dans ce petit livre : Il prône bien sûr comme tout personne qui a un peu de jugeote, une forte intégration européenne. Curieusement il se retrouve avec Sarkozy, le candidat de 2017, lorsqu’il voit l’avancée vers plus d’Europe, progresser par une étroite union entre Allemagne et France.

Il s’élève contre le millefeuille administratif français et préconise, savez-vous quoi ? La suppression des…départements ! Comme Attali en son temps et comme le « vilain Hollande » et son Premier ministre tant décriés viennent de le décider !

Il s’élève contre les « professionnels » de la politique obsédés par leur maintien au pouvoir et la sauvegarde de leurs places !

Il appelle à sortir des routines, de la passivité et à s’attacher à la grande œuvre de choisir sa vie, et surtout de la créer sans résignation fataliste sans timidité, sans peur d’affirmer, de s’affirmer.

Il diagnostique bien certaines des mutations en cours aujourd’hui dans le monde, liées à la mobilité, la mondialisation et l’immédiateté

Il voit bien l’importance de la démographie et met en valeur les bienfaits de l’immigration ; et fustige le repliement sur soi, la peur de l’autre, merci monsieur Pigasse cela fait plaisir, tellement c’est rare !

Il souligne les ravages de la montée des inégalités sur la cohésion de nos sociétés.

Lisez ce petit livre : il est stimulant, facile à lire, et ça ne vous prendra pas plus de deux heures.

Seulement c’est le livre d’un banquier. Et d’un patron de presse. Je veux dire, le livre d’un de ces hommes qui sont des « gagnants ». Mathieu Pigasse fait partie de cette minorité de citoyens qui ont su monter dans et par le système. Il y a réussi admirablement et, du coup, se montre… aveugle à certains de ses pires défauts et aux responsabilités des cercles auxquels il appartient, dans les maux qu’il dénonce!

En une phrase, une seule, et il ne reviendra jamais là-dessus, il exonère totalement les institutions financières et les banques de toute responsabilité dans le déclenchement de la crise de 2007 / 2008 : « On l’a compris, ce n’est pas la finance qui est responsable de la crise, mais l’effondrement d’un modèle encouragé par les responsables politiques eux-mêmes depuis plusieurs décennies » (page 77). Contre toute évidence le banquier ici parle en banquier et est complètement aveugle à ce que à quoi tout le monde a assisté : les subprimes, les emprunts toxiques, les débordements scandaleux de rémunérations, la falsification des comptes publics organisée par les plus grandes banques américaines, les filiales bancaires installées dans les paradis fiscaux, les fraudes du fisc encouragés par les banques suisses et d’autres ! Serait-ce pour rien que des grandes banques ont été condamnées par la Justice américaine à payer des amendes qui se chiffrent en millions, parfois en milliards de dollars ?

Non, monsieur Pigasse, c’est trop facile de tout mettre sur le dos des politiques et d’absoudre ainsi tous vos confrères ! Et, de plus, c’est une grave erreur de diagnostic !

Et hélas il vous suffit aussi de quelques petites phrases pour montrer que vous passez à côté d’une des questions les plus décisives, les plus vitales de notre temps et qui concerne tous les hommes de tous les pays et de nombreuses générations. Quelles sont ces phrases ?

« La croissance est la mère de toutes les batailles. C’est elle qui permet de vivre mieux,…Il faut tordre le cou aux théories délirantes et réactionnaires prônant la décroissance. Elles émanent d’enfants gâtés et égoïstes qui veulent refermer la porte de la prospérité derrière eux ». (Page 81)

Pas une fois, pas une seule fois dans son livre il ne fait la moindre allusion au mode de croissance prédateur et pollueur qui est le nôtre, aux dérèglements climatiques, au fait que la pollution de l’air a des conséquences graves sur la santé, que l’agriculture industrielle qui abuse de produits phytosanitaires, engrais et pesticides est dangereuse. Il est facile de dénoncer ceux qui ont eu, selon moi, la maladresse de parler de « décroissance » au lieu de parler d’un « autre mode de développement ». Mais oublier la priorité qu’il faudrait donner, sous peine de tragédies graves et à répétition à un changement de paradigme de développement, est une erreur, pire une faute. L’hymne à la croissance, la bonne fée miraculeuse qui résoudrait la plupart des problèmes est un hymne qui sonne faux s’il n’est pas accompagné de l’affirmation du changement nécessaire de paradigme. Tous les économistes et chercheurs sérieux qui ont étudié la question savent qu’une croissance du type de celle qu’ont connue les pays riches d’aujourd’hui, ne peut être généralisée à tous les pays du monde et ne peut durer à cause de l’épuisement annoncé de ressources naturelles, des dégradations de l’environnement, des catastrophes provoquées par le dérèglement anthropique du climat, de la rareté de l’eau disponible etc. etc. ! La croissance produit des nuisances de plus en plus nombreuses et variées et des maladies se sont développées, répandues

( cancers ; obésité ; troubles cardiovasculaires ; dépressions et maladies du système nerveux) et ces maladies ont pour cause le type de développement de nos sociétés riches. Aux États-Unis l’espérance de vie stagne, la mortalité à causes endogènes augmente.

Mais monsieur Pigasse fait partie de cette minorité qui par son niveau de vie a les moyens d’échapper autant que faire se peut aux dégradations de l’environnement et de la qualité de la vie dont la masse de la population ne peut se protéger.

Enfin monsieur Pigasse ne parle non plus pas une seule fois des conditions de travail. Il fait timidement allusion à la diminution de la durée du travail qu’il dénonce – à peine pour ne pas avoir l’air réactionnaire ! Il est de gauche tout de même ! - comme frein à la productivité de l’économie. Mais il élude complètement le résultat scandaleux sur les personnels, des méthodes de management importées des business schools américaines pour tenter d’obtenir pour les actionnaires – les fonds financiers ! – les exigences de « création de valeur », c’est-à-dire tout simplement la rentabilité maximum des capitaux placés. Partout dans le monde les « financiers » - ceux qui selon monsieur Pigasse ne sont pas responsables des crises !- exigent, de fait que les managers soumettent les femmes et hommes qui travaillent, à tous les niveaux, à des rythmes de rentabilité et à des performances qui les abîment, les détruisent parfois et conduisent aujourd’hui bien des « cadres » à refuser de consacrer trop de temps et d’énergie à un travail qui les presse comme des citrons ! Et Le cours de l’action en bourse monte souvent quand est annoncé un plan de réduction des effectifs, soit la mise au chômage de dizaines ou centaines de salariés !

Bon ! Lisez ce livre tout de même ! Il est intéressant et malgré mes critiques, je considère que ce monsieur Pigasse – que je ne connais évidemment pas !- est un homme d’entreprise et d’initiative comme nous en manquons beaucoup.

Mais il serait bon qu’on lui fasse part de remarques d’Henricles !

Henricles 25 mai 2014

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