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Le blog politique et culturel de henricles

Le blog politique et culturel de henricles

C'est le blog de quelqu'un qui n'appartient à aucun parti politique mais qui pense que le simple citoyen peut s'emparer des questions politiques économiques et de société pour proposer ses réflexions etdonner son avis C'est également un blog littéraire et culturel où je place divers récits et oeuvres qui me concernent et ont un intérêt. notamment des récits de voyage et des tableaux d'amies peintres

Europe le triple décalage

Europe : le triple décalage

Aux pires moments des menaces sur la zone monétaire de l’Euro, la plupart des économistes et autres spécialistes qui s’exprimaient sur les conditions d’une sortie de crise durable expliquaient que pour qu’une telle zone monétaire soit solide, il fallait une seule politique bancaire, une seule politique budgétaire et une seule politique fiscale. Tous affirmaient que nos responsables politiques devaient prendre les décisions nécessaires en ce sens. Ils s’accordaient donc sur le besoin de « plus d’union en Europe » du moins en zone Euro !

Sauf à prendre le risque de nouvelles crises.

Aujourd’hui ces mêmes experts et bien d’autres, qu’ils parlent en économistes, politologues, géopoliticiens ou tout simplement essayistes politiques, sont nombreux à écrire que la marche vers plus d’Europe, vers une Union Européenne plus cohérente, plus unifiée est une nécessité pour faire face aux défis du XXI° siècle. Chacun propose les configurations qui lui semblent les meilleures. Beaucoup pensent que les membres de la zone Euro devraient prendre des initiatives, qui permettraient d’avoir un premier cercle de pays plus en avance vers des États-Unis d’Europe, alors que les autres, plus réticents (Royaume-Uni !) se contenteraient de rester membres de l’Union telle qu’elle est aujourd’hui. C’est, pour ne prendre que cet exemple, la proposition que défend Jacques Rupnik, professeur à l’I.E.P. de Paris et directeur de recherches au Centre d’études et recherches internationales même s’il ne prononce pas l’expression « États-Unis d’Europe ».

Les opinions publiques des pays de l’Union sont en complet décalage avec ces experts et spécialistes. Ce sont des opinions de plus en plus eurosceptiques et même hostiles à l’Union Européenne et ses institutions ! Les partis politiques populistes, nationalistes ont le vent en poupe aussi bien aux Pays-Bas, qu’au Royaume Uni, en Autriche et Hongrie et ailleurs, notamment en France. Et lorsqu’on les interroge, le citoyens de l’Union manifestent leur désenchantement par rapport à la construction de l’Europe unie et ne disent pas aspirer à plus d’Europe. Au contraire ils ont l’impression que l’Union européenne se manifeste surtout pas une bureaucratie qui se mêle de tout et de rien et oppose aux traditions nationales ou régionales des règlementations tatillonnes et insensées. S’ils sont plutôt de sensibilité de droite, ils déplorent la perte de souveraineté nationale et l’interventionnisme de la Commission. De tradition plus à gauche, ils reprochent à l’Union européenne sa politique néolibérale et l’austérité qu’elle impose au nom des équilibres financiers, son insuffisance sociale et son déficit de légitimité démocratique.

En France, les grands partis traditionnels, craignent que les élections européennes du printemps 2014 voient d’une part un succès de l’extrême-droite nationaliste (Front National) et une forte abstention de l’électorat. Aucun grand parti, aucune personnalité de premier plan ne parle plus d’États-Unis d’Europe ou d’Europe fédérale. Les partis socialistes, autrefois très favorables à la marche vers toujours plus d’unification, les anciens démocrates –chrétiens longtemps les plus européens, ne s’expriment plus à ce sujet que très timidement.

Cette opposition entre les « élites éclairées », chercheurs, savants, spécialistes d’une part et opinions publiques me rappelle amèrement l’écart qu’il y avait dans les années 30 du xx° siècle, entre l’aspiration pacifiste de la grande majorité de la population et la lucidité des rares esprits éclairés qui avaient compris que la résistance contre Hitler était une impérieuse nécessité !

Il y a hélas une autre opposition d’attitude et comportements. Aucun exécutif actuellement au pouvoir dans un des grands pays de l’Union européenne ne propose un quelconque projet propre à mobiliser les opinions publiques en faveur d’une union plus étroite. En France, hélas, le président de la République a lancé l’armée française seule dans deux opérations an Afrique sans réunir auparavant la moindre conférence avec nos partenaires européens. En Allemagne, il y a bien dans le nouveau gouvernement une ministre de la Défense, européenne convaincue et « fédérale », madame Ursula Von der Leyen… mais elle est bridée par une chancelière Angela Merkel qui n’ose s’engager plus avant pour l’Union. Et la cour Constitutionnelle de Karlsruhe veille à la souveraineté allemande ! Le pire est, comme toujours, au Royaume-Uni où le premier ministre Cameron, par pure démagogie électoraliste promet à son opinion un referendum sur une possible sortie de l’Union !

Aucune grande voix d’aucun gouvernement européen aujourd’hui ne semble avoir pris en compte ce que disent et écrivent la majorité des chercheurs et spécialistes et le traduire en proposition politique !

Une fois encore on constate que les politiciens qui nous gouvernent, par démagogie électoraliste, dénués de vision prospective suivent les opinions publiques. Et pourtant, des leaders vraiment démocrates devraient plutôt montrer le chemin, proposer un projet mobilisateur, visionnaire et non pas flatter les réactions primaires de leurs électeurs. En 1938, le vrai démocrate était Churchill plutôt que Chamberlain !

Triple décalage dit le titre de cet article ?

Oui, bien sûr. Des dizaines et dizaines de milliers d’Ukrainiens depuis des semaines affrontent la violence et la répression de leurs dirigeants implacables et incapables, au nom de leur « désir d’Europe » !

En Croatie, Serbie, Bosnie, ils rêvent de rejoindre l’Union européenne et d’être enfin admis à la table des négociations pour l’adhésion. Les Serbes ont même, au nom de ce « désir d’Europe » accepté de renoncer, de fait, à garder le Kossovo !

Les Tchèques viennent enfin de porter au pouvoir un exécutif favorable à l’Union européenne.

Quant aux Turcs, malgré les rebuffades nombreuses qu’ils ont subies, ils espèrent encore un jour négocier réellement leur adhésion à l’Union !

D’un côté une conviction partagée par la grande majorité des spécialistes et chercheurs : il n’y a pour nous citoyens européens d’avenir de liberté, de prospérité, de souveraineté géopolitique, de développement durable en fonction des exigences de l’environnement, de maintien de garantie de paix que dans la marche vers une Europe vraiment unie. Une Europe qui ait rassemblé ses forces actuellement dispersées, en une seule capable alors de se comparer à celle des géants américains et chinois, maîtres du monde.

Et en face, des opinions repliées sur elles-mêmes, tournées vers un passé de gloire et grandeur, de souveraineté nationale qu’elles voudraient voir ressurgir : vaine chimère !

Et des politiciens qui n’osent même plus rappeler quelles étaient leurs convictions européennes, pour qui le mot « fédéral » est presque devenu sinon grossier du moins inconnu et qui se contentent de veiller à d’étroits intérêts nationaux à courte vue tout en flattant leurs opinions publiques !

Et des millions de citoyens, à nos portes qui aspirent à nous rejoindre !

Se lèvera-t-il, l’homme politique, se lèvera-t-elle la femme politique suffisamment visionnaire et courageuse capable de répondre aux repliements craintifs des uns, aux aspirations des autres et aux ardentes nécessités de l’Histoire ?

Henricles. Février 2014

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M.F.Schmid 09/02/2014 21:28

"Europe en panne" disiez-vous....Ce n'est pas le triste résultat du référendum Suisse qui va arranger les choses...La majorité des votants- mais surtout en Suisse allemande- a clairement exprimé son refus d'Europe, quitte à s'attirer de graves sanctions.

henricles 10/02/2014 08:38

En effet ce résultat est bien triste !
Amitié

henricles 09/02/2014 16:11

Merci d'avoir pris la peine de ce très long commentaire argumenté.
J'aurais dû le préciser mais l'Union européenne fédérale à laquelle j'aspire, n'a que très peu à voir avec l'actuelle commission européenne bureaucratique non élue ! Cela dit pour avancer il faut partir de ce qui est !
Intéressant d'apprendre que les Marine Le Pen, Mélenchon, Cameron et autres politiciens adversaires acharnés de tout transfert de souveraineté seraient des "membres" du bon peuple par opposition à cet aristocratique Henricles !

Claude P. 09/02/2014 15:10

H. écrit :
« Les partis politiques populistes, nationalistes ont le vent en poupe aussi bien aux Pays-Bas, qu’au Royaume Uni, en Autriche et Hongrie et ailleurs, notamment en France »

mes commentaires :
Il serait intéressant de ne pas se limiter à qualifier un parti de « populiste »… quoi-qu’est-ce exactement ? On apprend dans le petit Larousse que le « populisme » est « une école littéraire qui s’attache à décrire la vie et les sentiments des milieux populaires dans le premiers tiers du XX è siècle ». Dans le texte d’Henriclès, le mot « populiste » est exclusivement péjoratif. Cela traduit bien, effectivement, le décalage entre les « élites éclairées dont lui-même fait partie et le petit peuple, vu comme « primaire », « craintif », « replié » sur lui-même, incapable de comprendre où est son bonheur.
Quant au « nationalisme » dénoncé ici, il faudra nous expliquer en quoi c’est à jeter avec l’eau du bain, dans une « démocratie » dans laquelle le citoyen de base est de plus en plus géographiquement éloigné de la possibilité d’intervenir (la Commune vouée par les « éclairés » aux gémonies, sans argumenter sur les Conseils Généraux puis Régionaux, petit à petit dessaisis de leurs compétences décisionnelles – mais pas de leurs obligations de financements décidés beaucoup plus haut) ?
En fait, écrire « nationalisme » évite de réfléchir à « souveraineté populaire ». Cette notion serait-elle dépassée dans la tête des « éclairés » ?

H. écrit :
« Cette opposition entre les « élites éclairées », chercheurs, savants, spécialistes d’une part et opinions publiques me rappelle amèrement l’écart qu’il y avait dans les années 30 du xx° siècle, entre l’aspiration pacifiste de la grande majorité de la population et la lucidité des rares esprits éclairés qui avaient compris que la résistance contre Hitler était une impérieuse nécessité ! »

mes commentaires :
La référence à la situation aux années d’avant la seconde guerre mondiale est bien pratique (surtout quand il s’agit de culpabiliser le peuple qui n’est pas capable d’analyser une situation complexe)… Et chacun l’utilise à son profit.
On tire tous des leçons de l’Histoire différentes, selon l’idéologie que l’on a en tête, selon le projet de société que l’on désire pour l’avenir. L’Histoire est réécrite indéfiniment. La volonté d’imposer une « histoire officielle » est récurrente. Entre les conclusions de la Recherche en Histoire et leurs traductions politiques, il peut y avoir une distance énorme. Mais ça n’est pas à un professeur d’Histoire que je vais expliquer cela…
Dans le texte qui nous occupe aujourd’hui, aucune référence à ce qui amena Hitler au pouvoir (par le jeu des urnes…), aucun rappel des actes des décideurs économiques de l’époque. Henriclès se sert des conséquences pour culpabiliser, sans travailler sur les causes.
Aucun rappel non plus de ce qui en sortit après guerre et qu’on casse depuis trente ans (Conseil National de la Résistance avec sa sécu, son droit du travail... etc). Serait-ce au motif que cela est rigide, ringard, périmé ? Tout cela sera-t-il bientôt qualifié d’ « utopie » ? Pourtant (si toutefois le parallèle entre les deux époques est valable), si les conséquences risquent, selon ce qu' a l'air de penser Henriclès, d'être aussi catastrophiques, il serait urgent de les éviter en travaillant sur les causes...
Quant à l’opposition entre pacifisme et lucidité, c’est encore un débat qui prendrait à lui seul des heures et des pages…

H. écrit :
« Aucune grande voix d’aucun gouvernement européen aujourd’hui ne semble avoir pris en compte ce que disent et écrivent la majorité des chercheurs et spécialistes et le traduire en proposition politique ! »

Mes commentaires :
Ah… si Henriclès affirme que son analyse est conforme à celle de la majorité des chercheurs… le petit peuple (dont je fais partie) n’a plus rien à réfléchir…
Oui mais, têtu, le petit peuple qui sait lire – mal ? – tombe sur d’autres textes de bien d’autres « experts », diamétralement opposés à l’analyse d’Henriclès... Bien sûr, s’ils sont minoritaires…

H. écrit :
« des leaders vraiment démocrates devraient plutôt montrer le chemin, proposer un projet mobilisateur, visionnaire et non pas flatter » les réactions primaires de leurs électeurs »

mes commentaires :
- des leaders
- vraiment
- démocrates
- flatter des électeurs primaires
8 mots d’une seule phrase confirmant tout ce que je viens d’écrire.

H. écrit :
« Des dizaines et dizaines de milliers d’Ukrainiens depuis des semaines affrontent la violence et la répression de leurs dirigeants implacables et incapables, au nom de leur « désir d’Europe » ! En Croatie, Serbie, Bosnie, ils rêvent de rejoindre l’Union européenne et d’être enfin admis à la table des négociations pour l’adhésion. Les Serbes ont même, au nom de ce « désir d’Europe » accepté de renoncer, de fait, à garder le Kossovo ! »

mes commentaires :
On peut donc constater qu’en Ukraine, le peuple est plus mature qu’en France : « des dizaines de milliers d’Ukrainiens » ont « un désir d’Europe » ! Qu’en Croatie, Serbie, Bosnie, « Ils » représente élite et peuple, tous egalement éclairés.
En quoi se battre contre un régime dictatorial (issu des urnes) signifie-t-il « désir d’Europe » qui lui-même, c’est sous-entendu, signifie « désir d’Union Européenne avec l’Euro » ?
Cette affirmation vient-elle du fait que, encore une fois, les « élites éclairées majoritaires » de chez nous l’affirment ?
Que faire des exemples (parmi d’autres) des oppositions en Syrie et en Lybie ? Comment en analyser la complexité?

H. écrit :
« vaine chimère ! »

mes commentaires :
Synonyme de « chimère » : opinion contraire à cette « Europe » (qui n’est pas l’Europe géographique mais une Union politique) construite dès le départ de façon « éclairée ».
U.E. auto proclamée POUR le bien du Peuple, mais toujours SANS lui. D’ailleurs, quand il vote contre, on n’en tient pas compte… pour son bien.
Synonyme de « vaine » : immature.


H. écrit :
« Se lèvera-t-il, l’homme politique, se lèvera-t-elle la femme politique suffisamment visionnaire et courageuse capable de répondre aux repliements craintifs des uns, aux aspirations des autres et aux ardentes nécessités de l’Histoire ? »


mes commentaires :
Bref, un Homme providentiel… un Sauveur… un Héros… mais toutefois sorti des urnes au suffrage universel…
en résumé et en employant le second degré :
Le Peuple comprend difficilement, il est émotionnellement immature, il a, de plus, régulièrement l’outrecuidance de vouloir contrôler ce qu’on fait en son Nom…
Que ne comprend-il que la véritable démocratie c’est – et seulement c’est- un homme une voix, au moment des élections. Ensuite, l’élite gouverne. La sanction ça ne peut être qu’aux élections suivantes. Sinon, c'est le chaos.

A quand le retour au suffrage censitaire ?

En conclusion et en chanson, une conception de la Démocratie issue des Lumières :
« On porte aux cieux un héros
Tant qu'il est utile
On jouit de ses travaux,
Ensuite on l'exile
Cela n'est pas trop décent,
Mais c'est l'usage pourtant
D'une ré, ré, ré,
D'une pu, pu, pu,
D'une ré,
D'une pu,
D'une république
Bien démocratique. »

François Marchant
Le Grand Projet, 1791

Monie 09/02/2014 11:58

Un article brillant avec lequel je suis entièrement d'accord.

M.F.Schmid 08/02/2014 21:33

Je partage totalement votre analyse, votre pessimisme, votre crainte pour les prochaines européennes, votre appel à un sursaut de lucidité et de courage et votre espoir qu'arrive un leader crédible et énergique...Pourquoi pas Ségolène?

henricles 09/02/2014 08:42

En effet, j'y ai pensé puisqu'elle est la seule qui osait parler des États-Unis d'Europe !
Plaisir de nous trouver en accord !